—Non, répliqua plus vivement celui qu'il paraissait vouloir intimider; il peut très-bien manier le sabre, je n'y touche jamais, et ne prononce pas sur cette matière; mais pour la plume, c'est une autre affaire, il n'y entend rien; et... vous le savez bien vous-même... Vous savez que votre cousin Barras, comme vous l'appelez, n'a pas le talent d'écrire deux lignes qui soient lisibles.
—Je ne sais pas cela du tout! s'écria M. de Lauraguais... Quelle sotte pensée allez-vous me prêter-là!
Il faut savoir que M. de Lauraguais était fort poltron, et que la terreur n'était pas encore passée pour lui. Or donc, il tremblait au mot POUVOIR, et le saluait très-bas.
—Est-ce donc vous, alors, qui avez fait le discours du directeur? lui demanda celui qui le tourmentait à plaisir.
—Pas du tout, encore moins que mon ami Talleyrand.
—Eh bien! je déclare que ce n'est certes pas Barras qui a fait à lui seul cette phrase:
Le général Bonaparte a secoué le joug des parallèles!
M. de Talleyrand sourit et dit:
—Elle est bien, au fait, cette phrase!
Celui qui avait fait la question sourit aussi, se leva et partit. Il n'avait plus besoin d'autre certitude. M. de Talleyrand était l'auteur du discours.