M. de Talleyrand n'était pas demeuré oisif pendant les semaines qui avaient suivi l'arrivée de Bonaparte à Paris. Son regard fixe et subtil avait su connaître la haine du Directoire pour le vainqueur de l'Italie. Il vit le danger. L'envie marchait déjà à côté de l'admiration...
Un jour, à la suite d'un dîner qu'il avait donné, et dans lequel s'étaient trouvées plusieurs personnes dévouées au général Bonaparte, et le général lui-même, il le retint après le départ des autres convives, et l'emmenant dans son cabinet, il lui parla confidentiellement d'un projet qui depuis longtemps occupait Bonaparte.
—Il faut que vous partiez, lui dit-il.
—Je ne veux pas faire cette expédition d'Angleterre, dans laquelle ils espèrent que je me perdrai.
—Ne partez pas pour l'Angleterre, mais pour l'Orient.
BONAPARTE, avec un cri de joie.
Pour l'Orient!
M. DE TALLEYRAND.
Pour l'Orient.
BONAPARTE.