Mais il y en a beaucoup... et pour tout le monde: l'arrivée des ours de Berne pour les badauds; la fuite de sir Sydney Smith[59] et la sortie du Temple du chevalier Araujo[60] pour les politiques, et la lettre de M. de Chauvelin pour mes ennemis... Vous voyez bien que chacun a son lot.
M. D'HERENAUDE.
Citoyen ministre, je n'ai pas lu tous les journaux.
M. DE TALLEYRAND, prenant en main un long étui en galuchat vert.
Tenez, messieurs, voici une chose nouvelle dont les journaux n'ont pas encore parlé; c'est une bonne fortune, car ils sont bien pressés.
Il ouvrit l'étui et en sortit une canne faite d'un morceau d'écaille d'une seule pièce. Au sommet de la pomme, qui était en or, on voyait une aventurine d'une grande beauté entourée de petites couronnes en or. La beauté de l'écaille et de la pierre, le fini de l'ouvrage, rendaient ce morceau précieux.
—C'est la canne du pape, dit M. de Talleyrand avec une assurance vraiment unique, en parlant d'un pareil sujet. Le général Alexandre Berthier l'a envoyée à la République française comme un hommage.
—Il paraît que les arrestations continuent à Rome, et même activement, dit M........, celui qui était venu le premier.
M. DE TALLEYRAND, avec un sourire forcé.
Il paraît aussi que les cardinaux arrêtés ont eu une conduite tout à fait répréhensible. Le général Berthier est bon et juste, et il n'aurait pas fait un acte aussi sévère, si l'on n'eût pas excité sa colère. Le cardinal Antonelli et le cardinal Borgia en ont mal agi avec lui[61].