Mais, poursuivit M. de Talleyrand, tout en faisant mettre en ordre sa belle chevelure qu'alors il portait poudrée et très-parfumée, une autre nouvelle assez plaisante, c'est celle que je viens de recevoir... Tenez, lisez, d'Herenaude.

C'était un décret par lequel la république de Gênes fondait une fête en l'honneur des deux immortels conducteurs de l'armée d'Italie: Bonaparte et Berthier!...

Tout le monde se mit à rire. Cela avait l'air d'une de ces plaisanteries faites à plaisir.

Au même instant on annonça le colonel Marmont. Il venait annoncer à M. de Talleyrand son mariage avec mademoiselle Perregaux; ce mariage était une grande faveur du sort pour lui. Mademoiselle Perregaux était charmante, spirituelle, jolie, gracieuse et fort riche. M. de Talleyrand félicita Marmont, et lui communiqua la nouvelle qui avait, le moment d'avant, excité le rire joyeux des assistants. Marmont la connaissait; mais il n'osa pas se livrer à sa pensée sur le ridicule de la chose devant des hommes qui n'étaient pas de sa robe, et il garda le silence.

À peu de temps de là, M. de Talleyrand fut élu député par le département de Seine-et-Oise[62]. Je suis fâchée de n'avoir jamais entendu parler de M. de Talleyrand à la Chambre élective. La Chambre des Pairs n'est pas la même pour moi, pour le jugement que j'en voudrais porter.

En attendant il présentait, présentait et discourait, que c'était une pitié pour ses amis de voir la fatigue qu'il en avait. Le prince Giustiniani arriva ici pour représenter la République romaine, en attendant que, quelques années plus tard, Napoléon la changeât en deux départements. Toute cette foule d'envoyés diplomatiques formait un nouveau salon à M. de Talleyrand, et plus, sans aucun doute, dans ses goûts que la société directoriale. Il est vrai qu'il y mêlait de tous les partis; mais l'habitude, plus forte que tout le reste, l'entraînait du côté des gens de bonne compagnie, et qui, par leur naissance et leur fortune, avaient plus de chance pour lui offrir des agréments. Au reste, on trouvait dès-lors chez M. de Talleyrand tous ceux qu'on pouvait exiger d'un homme. Bonaparte quitta Paris pour aller sur les côtes, puis il revint. La plus grande intimité semblait régner entre lui et M. de Talleyrand; ils se voyaient presque deux fois par jour, et cette intimité alarmait presque le Directoire, qui n'était pas, au reste, difficile à inquiéter.

Un jour Bonaparte vint demander à déjeuner à M. de Talleyrand, accompagné seulement de deux de ses aides-de-camp: Junot était l'un d'eux... Les affaires prenaient en France et en Europe une tournure presque effrayante: les lois étaient mortes, le danger était aux portes de Paris, les brigands inondaient les routes les plus fréquentées... Déjà l'effet de la paix n'était plus le même dans l'Europe... En abordant M. de Talleyrand, Bonaparte était triste; une nouvelle s'était répandue le matin, et il venait savoir si elle était vraie.

M. DE TALLEYRAND.

Quelle nouvelle, mon cher général?

BONAPARTE.