—Vous êtes trop jeune pour pouvoir apprécier un tel ouvrage; un beau juge qu'une femme de dix-huit ans pour connaître et décider d'un rapport profond, comme Montesquieu et Burke!
—Merci du compliment; mais si vous croyez que je me connaîtrais mieux à décider d'une toilette de bal, ce qui, au fait, est assez vrai, sans doute, dites-moi du moins le nom de ce beau chef-d'œuvre de M. de Talleyrand, car vous savez bien que je l'aime beaucoup.
—Oui... en effet! belle preuve d'amitié, vraiment, de vouloir le faire aller écouter les rêveries d'une femme folle en matière politique, comme presque en tout autre objet... Qu'elle file, comme dit le premier Consul, ou qu'elle parle chiffons.
—Cela ne lui réussirait pas mieux avec nous autres femmes, car elle y entend moins encore qu'à parler politique... Ah çà! vous ne voulez donc pas me dire ce nom?
—C'est le Rapport sur l'état de la diplomatie en France dans ce moment; c'est admirable.
—C'est vrai, je l'ai lu et je l'ai trouvé ainsi.
—Vous l'avez lu?... quelle bonne plaisanterie! et comment l'avez-vous eu entre les mains?... il n'est pas public.
—Que vous importe? je l'ai lu.
L'homme dont je parle, quoiqu'il eût beaucoup d'esprit, avait le défaut de ne pas laisser passer les petites choses, et d'en faire de grandes affaires aussitôt qu'il le pouvait... Le voilà tourmenté à l'excès, parce que j'avais lu ce rapport qui, au fait, est une admirable chose. M. de Talleyrand n'est certes pas un homme ordinaire, et je ne l'ai jamais ni dit, ni pensé.
Je suis équitable en tout, et précisément parce que je suis aujourd'hui éloignée de M. de Talleyrand pour des motifs relatifs à l'Empereur, je dois être juste pour lui à une époque où il mérite des louanges. Voici quelques passages de ce morceau qui sont l'expression d'une haute et belle pensée: