«...... Tous les emplois de la République demandent un patriotisme éprouvé; l'esprit et l'honneur de tous les états qui tiennent au service public supposent cette qualité générale. Elle est le caractère commun, et ne saurait être le caractère distinctif d'aucun état.
«...... Il y a deux classes de qualités qui entrent dans la composition de l'esprit et de l'honneur de la profession qui fait l'objet de cet article[69]: Les qualités de l'âme, et celles de l'esprit.
«..... Dans la première classe sont: 1o la circonspection; 2o la discrétion; 3o un désintéressement à toute épreuve; 4o et enfin une certaine élévation de sentiments qui fait qu'on sent tout ce qu'il y a de grand dans la fonction de représenter sa nation au dehors, et de veiller au dedans à la conservation de ses intérêts politiques.»
Je me borne à parler seulement de ce que dit M. de Talleyrand sur les qualités de l'âme exigées pour la diplomatie. Elles sont toutes honorables; mais aussitôt que le mot âme avait frappé mes yeux, je m'étais attendue, je l'avoue, à tout autre chose. Il y aurait eu peut-être plus d'adresse à parler de la volonté d'épargner les hommes, d'empêcher la guerre, et de donner plus d'extension au mot qui, du reste, est honorablement traité dans cet article.
—Eh bien! dis-je à l'ami de M. de Talleyrand, ai-je lu le rapport? puisque je vous en cite des passages, vous n'en doutez pas, j'espère?
—C'est cela qui m'étonne.
—En vérité, pour l'ami d'un diplomate, vous n'êtes pas très-fin; comment, vous ne comprenez pas que ce rapport était sur le bureau de mon mari, et que je l'ai trouvé en furetant pour en chercher d'autres.
—Ah! ah! de la jalousie!.. vous cherchiez quelques lettres de femmes?
—Cela ne vous regarde pas.
Lorsque Joseph fut à Lunéville, il imagina (dit-on) de gagner une somme très-forte à la Bourse en faisant acheter des rentes, pensant avec raison que la nouvelle de la paix les ferait monter. Il y eut, à ce qu'il paraît, une erreur, et Joseph, à ce que dit le bruit public, perdit une somme très-forte. Bonaparte, qui n'était pas riche, ne pouvait aider son frère, et cela le désolait; M. de Talleyrand arriva dans son cabinet, aux Tuileries, précisément au moment où il avait le plus d'humeur de cette affaire.