—Comment faire? disait-il en se promenant à grands pas, comment faire?...

Il exposa la chose à M. de Talleyrand, qui, au reste, la connaissait au moins aussi bien que lui. En écoutant Bonaparte, M. de Talleyrand fit quelques mouvements pour ramener son équilibre, que son pied-bot dérangeait toujours, quand cela lui était utile; quant à celui de la physionomie, il ne s'altérait jamais...

—Eh quoi! dit-il après avoir entendu, ce n'est que cela?... mais ce n'est rien du tout.

—Vraiment!... Vous m'étonnez.

—La chose est simple... Faites monter la rente.

—Mais l'argent!

—C'est la chose la plus facile du monde. Faites déposer au Mont-de-Piété ou bien à la Caisse d'amortissement, vous aurez de l'argent pour faire lever la rente... Elle remontera, Joseph vendra, et non-seulement il rentrera dans ses fonds, mais il gagnera.

—Ce n'est pas ce qui m'inquiète ni même ce que je veux, répondit Bonaparte... qu'il sorte de ce guêpier, et je suis trop heureux et lui aussi.

On suivit, dit-on, le conseil de M. de Talleyrand, et la chose eut une pleine réussite.

Mais en parlant de lui, de ses conversations, de ses mots jetés comme au hasard et pourtant toujours dits avec intention, il faudrait pouvoir rendre cette figure blême et immobile, aux traits encore agréables à cette époque, mais sans la plus légère étincelle de la vie du cœur ou même de cette vie intellectuelle pour laquelle cet homme semblait fait; il faudrait pouvoir donner cette ressemblance, vraiment nécessaire pour juger de l'effet que produisait une conversation avec M. de Talleyrand sur des sujets graves; il faut que le lecteur puisse se former une idée de l'immobilité des muscles du visage de M. de Talleyrand, de son aisance de grand seigneur malgré son immobilité. Ajoutez à l'idée que vous pouvez vous faire de M. de Talleyrand l'esprit prodigieux de cet homme, et vous aurez un aperçu de ce qu'il était en présence de Bonaparte, lorsque celui-ci, déjà colosse de gloire, aspirait encore à une place plus élevée.