M. DE TALLEYRAND, souriant.
Vous voulez nommer André aussi!... Qu'est-ce donc que cet André? je ne l'ai jamais vu auprès de vous.
BONAPARTE ne comprenant pas.
Je ne vous parle pas d'André... je dis Andréossi de l'artillerie.
M. DE TALLEYRAND.
Ah! je vous demande pardon! je n'avais pas compris... C'est Andréossi de l'artillerie... Je cherchais, moi, Andréossi dans la diplomatie... Oui, oui, Andréossi... c'est très-bien.
M. de Talleyrand se moquait, non pas du premier Consul, mais de son choix. En effet, on ne comprend pas comment Bonaparte a pu faire un pareil choix pour un ambassadeur. Andréossi était lourd, épais, ne connaissait guère que ses polygones, et voilà tout. Aussi ne plut-il que médiocrement, et même pas du tout, à Londres; le prince de Galles, si élégant, si admirablement fashionable, ne sut que penser de l'envoi d'un tel homme. Ignorant des premières notions de la politesse, il fit d'abord des gaucheries qui commencèrent par faire rire, et finirent par ennuyer... M. de Talleyrand nous racontait un jour que M. le général Andréossi, ne connaissant pas les coutumes princières, appelait toujours le prince de Galles: Mon prince... Le prince de Galles, à la fin, ennuyé de cette répétition, dit un jour à je ne sais quelle personne de la légation française: Dites donc au général Andréossi de ne pas toujours m'appeler mon prince... il finirait par me faire prendre pour un prince russe.
Andréossi fut rappelé avant que le reste de ses équipages fût déballé.
Un jour les amis de M. de Talleyrand furent consternés. On apprit, non pas qu'il allait, mais qu'il venait de se marier... Il avait épousé madame Grandt.
M. de Narbonne, que je vis le soir chez la marquise de Lucchesini, me confirma la chose. Il en avait été témoin à sa grande honte et regret...