Eh bien! monseigneur, vous saurez que madame de Talleyrand me fit écrire il y a huit jours par sa demoiselle de compagnie une espèce de lettre, de billet, je ne sais dans quel style ni dans quelle forme, sur du papier à ministre, pour me demander quel jour et à quelle heure je pourrais la recevoir. Je m'empressai de répondre à cette demande d'audience un petit mot sur du papier à billet ordinaire, pour lui dire que je serais à ses ordres tous les jours jusqu'à la fin de la semaine. À une heure je la vis arriver avec sa demoiselle de compagnie, dans sa grande et lourde berline, avec deux grands valets de pied tout bleus et son cocher de même; la voiture, les gens, les chevaux, le contenu, le contenant, tout cela lourd et massif comme plomb. En arrivant, madame la princesse me fit une de ces révérences de présentation à laquelle je répondis par un bonjour amical, et prenant sa main je la conduisis à mon canapé; alors elle entama l'entretien. Que croyez-vous qu'elle venait me dire, monseigneur?... devinez!

LE CARDINAL.

Elle venait vous demander conseil pour une parure.

MOI.

Au lieu de me demander conseil elle venait m'en donner.

LE CARDINAL.

La bonne folie! Et sur quoi?

MOI.

Elle me dit que je ne me mettais pas en gouvernante de Paris; que j'allais à l'Opéra coiffée en cheveux, et que cela n'était pas convenable.—Mais madame, lui dis-je, je n'ai que vingt-quatre ans!—N'importe. Tenez, si vous voulez sonner, je vais vous montrer ce que je vous ai fait faire.—Et sonnant elle-même, elle fait apporter un carton dans lequel était une façon de toque faite pour une femme de soixante-dix ans au moins, ornée de quatre plumes immenses posées comme pour un cheval de carrosse.

—Voilà, dit-elle, une coiffure pour la gouvernante de Paris.—Et puis, je voudrais que vous fissiez reprendre les vieux usages. Ainsi, par exemple, les trois révérences avant d'arriver à la maîtresse de la maison... Je vous en ai fait une tout à l'heure.