Et, retournant à la porte du boudoir, la voilà qui fait encore une, deux, trois révérences... De ma vie, je crois, je n'avais autant ri.

LE CARDINAL.

Je le crois, ma foi, de reste! Et que vous dit-elle ensuite?

MOI.

Elle me demanda si je voulais introduire chez moi cette coutume, de me retirer, les jours de réception, en saluant mon monde pour rentrer dans mes appartements.—Oh! pour le coup, je me fâchai; et je pris la chose pour une mystification; mais, hélas! la chose n'était que trop vraie... Elle m'objecta les princesses sœurs de l'Empereur.

—Je suis altesse sérénissime, me dit-elle.

—Cela va pour vous, madame, lui dis-je; mais comme je ne suis pas encore altesse, même altesse agitée, je me bornerai à me lever quand on sortira, et à reconduire jusqu'à la porte de mon salon. Je ne le puis pour les jours de réception, parce que j'ai trop de monde, mais au moins je ne me retirerai que la dernière.—Après cette question, celle du verre d'eau eut son tour; quant à celle-là, je laisse la parole à M. de Narbonne, qui fut témoin comme moi, mais qui raconte bien mieux.

M. DE NARBONNE.

Je ne vous contredis pas, parce que c'est malhonnête. Vous saurez donc, monseigneur, que lorsque madame de Bénévent, première du nom, comme madame Grandt fut altesse sérénissime, comme elle le dit elle-même, elle entreprit d'introduire les belles manières dans sa maison, comme si Talleyrand était un mal-appris ou qu'il fût né d'hier; elle s'en alla donc questionnant Réchaud[79], d'une part, et Robert[80], de l'autre, et parvient à savoir que chez l'Empereur et chez les princes de sa famille on ne demande ni on ne porte à boire dans le salon où ils se trouvent. Ravie de sa découverte, et ne voulant parler de rien à M. de Talleyrand pour le surprendre agréablement comme pour ce pauvre Vendredi, elle choisit un jour de la semaine dernière où il y avait grand dîner et foule à être étouffé dans le salon de la rue d'Anjou, et elle donna l'ordre à Courtiade[81] de ne donner à boire à qui que ce fût, à moins que ce ne fût elle, le prince... et puis réfléchissant, elle se demanda, à ce que j'ai su depuis, si le prince de Nassau ne pouvait pas boire devant elle... Elle trouva que la chose se pouvait... mais comme elle n'aimait pas le prince de Nassau, qui se moque d'elle avec Montrond, elle ajouta, en se reprenant dans son ordre à Courtiade:

À moi ou à Son Altesse le prince de Bénévent seulement.