Sire, de toutes les vicissitudes que mon grand âge a traversées, de toutes les diverses fortunes auxquelles quarante années, si fécondes en événements, ont mêlé ma vie, rien, peut-être, n'avait aussi pleinement satisfait mes vœux, qu'un choix qui me ramène dans cette heureuse contrée.—Mais quelle différence entre les époques! Les jalousies, les préjugés qui divisèrent si longtemps la France et l'Angleterre, ont fait place aux sentiments d'une estime et d'une affection éclairée. Des principes communs resserrent, encore plus étroitement, les liens des deux pays. L'Angleterre, au dehors, répudie, comme la France, le principe de l'intervention dans les affaires extérieures de ses voisins, et l'ambassadeur d'une Royauté votée unanimement par un grand peuple, se sent à l'aise, sur une terre de liberté, et près d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick.

J'appelle avec confiance, Sire, votre bienveillance sur les relations que je suis chargé d'entretenir avec Votre Majesté, et je la prie d'agréer l'hommage de mon profond respect.

II
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Discours adressé par S. M. l'Empereur Nicolas au Corps municipal de la ville de Varsovie, le 10 octobre 1835[ [73].

Je sais, Messieurs, que vous avez voulu me parler; je connais même le contenu de votre discours, et c'est pour vous épargner un mensonge, que je ne désire pas qu'il me soit prononcé.—Oui, Messieurs, c'est pour vous épargner un mensonge, car je sais que vos sentiments ne sont pas tels que vous voulez me les faire accroire.

Et comment y pourrais-je ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce même langage la veille de la Révolution?—N'est-ce pas vous-mêmes qui me parliez, il y a cinq ans, il y a huit ans, de fidélité, de dévouement, et qui me faisiez les plus belles protestations? Quinze jours après, vous aviez violé vos serments, vous avez commis des actions horribles.

L'Empereur Alexandre, qui avait fait pour vous plus qu'un empereur de Russie n'aurait dû faire, a été payé de la plus noire ingratitude.

Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avantageuse, et vous avez fini par briser vous-même votre bonheur.—Je vous dis ici la vérité, car je vous vois et je vous parle pour la première fois depuis les troubles.

Messieurs, il faut des actions et non pas des paroles, il faut que le repentir vienne du cœur; je vous parle sans m'échauffer; vous voyez que je suis calme; je n'ai pas de rancune et je vous ferai du bien malgré vous.

Le Maréchal, que voici, remplit mes intentions, me seconde, dans mes vues, et pense aussi à votre bien-être.