Quand Monseigneur s'est retiré chez lui, j'ai été faire ma toilette, et suis redescendue tout de suite pour être la première au salon. J'y ai trouvé le général Petit, commandant de la 5e division militaire, puis le général Saint-Paul, commandant du département de l'Indre, et, de la suite du Prince, le général Baudrand et M. de Boismilon, son secrétaire.

Après le dîner, il y a eu un peu de solennel que j'ai bientôt rompu, en me mettant tout simplement à mon ouvrage, comme de coutume, ce dont le Prince m'a fort remerciée. Tout le monde, alors, s'est groupé, arrangé. Plus tard, M. de Talleyrand a fait sa promenade accoutumée du soir; en rentrant il nous a trouvés jouant, lady Clanricarde, le Prince, H. Greville et moi, à un whist assez gai, la musique jouant dans le vestibule; enfin la glace s'était rompue.

Après le thé, le Prince s'est éclipsé, et à onze heures tout le monde est allé se coucher.

Valençay, 28 octobre 1834.—Voici l'emploi de la journée d'hier: après le déjeuner, M. le duc d'Orléans a vu le château et ses entours immédiats, mon fils et moi les lui montrant; tous ceux de nos hôtes pour qui c'était une nouveauté suivaient.

En rentrant, trois calèches, un phaéton et six chevaux de selle attendaient. Chacun s'est casé: M. le duc d'Orléans, la marquise de Clanricarde, le baron de Montmorency et moi dans la première calèche; M. de Talleyrand, Mme de Sainte-Aldegonde, le général Baudrand et M. Jules d'Entraigues dans la seconde, et ainsi de suite. Après avoir traversé le parc et une partie détachée de la forêt, nous nous sommes arrêtés à un joli pavillon, d'où la vue est belle. La musique militaire était cachée derrière les arbres, qui ont encore beaucoup de feuilles; le concours de monde était considérable; c'était une très jolie scène forestière. Nous nous sommes ensuite lancés dans la forêt même et ne sommes revenus que pour notre toilette du dîner.

Après le dîner, nous avons mené le Prince au bal de l'Orangerie: les cours, le donjon, les grilles étaient illuminés et d'un très bel effet; la salle fort bien décorée, remplie de monde au point de pouvoir à peine passer; mais il n'y avait pas d'empressement grossier, tout au contraire, et des cris à se boucher les oreilles, mais qui font toujours plaisir aux Princes. Il a parcouru toutes les parties de la salle; il a beaucoup salué, un peu causé; enfin, on en a été fort content, et, quoiqu'il n'y soit pas resté plus d'une heure, on a été si satisfait de lui qu'à deux heures du matin, on criait encore sous ses fenêtres.

Valençay, 29 octobre 1834.—Hier, avant le déjeuner, notre Royal visiteur a été, avec son aide de camp, mon fils et le baron de Montmorency, visiter la filature et les carrières d'où on a extrait les pierres dont le château est bâti; il a trouvé ces carrières superbes.

Après le déjeuner nous l'avons mené aux forges. Il y avait de la foule, des cris; les ouvriers ont bien fait leur besogne; on a coulé, forgé, et dans l'intérieur du bâtiment où l'on coule la gueuse et qui est très beau, on a opéré, à deux reprises, des feux d'artifice, avec la fonte en fusion, liquide et enflammée. C'était joli et a fort amusé nos dames anglaises. En revenant, nous avons fait un petit détour qui nous a conduits aux ruines de Veuil[ [47]. La musique était cachée dans une des vieilles tours, un grand feu était allumé dans la seule chambre qui reste intacte et où on avait servi un goûter. Dans la cour, et à travers des arceaux à moitié détruits, des gardes nationaux et des paysans criaient en jetant leurs chapeaux en l'air. Cette petite station a été vraiment très jolie, malgré le temps couvert; le soleil l'aurait complétée, ou plutôt la lune.

A dîner, outre les convives de la ville, nous avons eu les Préfets d'Indre-et-Loire[ [48], de Loir-et-Cher[ [49], le général Ornano et le colonel Garraube, député, celui qui nous a envoyé la musique qui fait nos délices. Après le dîner, le whist, quelques tours de valse, etc...

Il y a eu, le soir, un vrai bal avec souper pour les gens de l'office, en l'honneur des gens du Prince Royal; il a été vraiment très joli.