[134] Les armes de Sagan forment ange sur fond d'or.

[135] Le Roi Louis-Philippe, qui s'était décidé trop tard à la réforme électorale et à la retraite de ses Ministres, fut surpris par le massacre du boulevard des Capucines, le 23 février. Le 24, tout Paris était debout, la révolution était triomphante, le Roi se résigna à abdiquer. Il quitta les Tuileries et se réfugia d'abord au château d'Eu, emportant avec lui l'illusion que son petit-fils, le Comte de Paris, pourrait lui succéder; mais, le 25, il apprit la proclamation de la République et fut forcé de s'expatrier en Angleterre.

[136] La marquise de Castellane s'était rendue, avec ses enfants, à la Délivrande, village près de Caen, qui doit son origine à un célèbre pèlerinage de la Sainte Vierge. Mgr de Quélen y avait adressé d'ardentes prières pour obtenir à M. de Talleyrand de finir chrétiennement.

[137] Le marquis de Dalmatie était alors Ministre de France à Berlin.

[138] M. de Radowitz fut alors envoyé à Vienne, pour tâcher d'amener une entente d'attitude entre les deux Cours, afin de faire front à l'orage révolutionnaire qui semblait déjà gronder. Le Prince Guillaume, gouverneur de Mayence depuis 1844, vu les événements, regagnait son poste.

[139] Dans la confusion de la malheureuse journée du 24 février à Paris, où chacun avait fui comme il pouvait, la Duchesse d'Orléans et ses deux fils, échappés au péril qu'ils avaient couru à la Chambre des députés, étaient allés se réfugier, avec M. Jules de Lasteyrie, à l'Hôtel des Invalides, qu'ils quittèrent secrètement pendant la nuit. De Paris à Aix-la-Chapelle, la Princesse voyagea dans une voiture publique, accompagnée par le marquis de Montesquiou et M. de Mornay. Elle prit ensuite le chemin de fer jusqu'à Cologne, et, après avoir passé la nuit à Deutz, elle se rendit à Ems et demanda asile au Grand-Duc de Weimar, qui mit le château de Eisnach à sa disposition. Ce ne fut qu'en juin 1849 qu'elle alla en Angleterre visiter la Famille Royale, à Saint-Léonard, près d'Hastings, où le Roi et la Reine étaient venus pour tâcher de rétablir leur santé.

[140] L'ancienne Franconie, c'est-à-dire une partie de Bade, du Würtemberg et de la Hesse, était alors le théâtre d'une espèce de Jacquerie. De déplorables excès étaient commis par les paysans soulevés en masse; des châteaux furent brûlés et saccagés, plusieurs propriétaires périrent ou furent maltraités d'une manière barbare. Le 10 mars, sous le prétexte du mécontentement éprouvé par la nomination de nouveaux Ministres, des troubles sérieux éclatèrent à Cassel; l'Arsenal fut pris d'assaut, les armes enlevées; on se battit contre la troupe; les Gardes du corps firent retraite, mais la populace maintint les barricades jusqu'à ce que le régiment fût licencié et les officiers mis en accusation.

[141] Le 13 mars, une insurrection formidable avait éclaté à Vienne, la population s'était soulevée en masse. Les chemins de fer furent brisés et l'air retentissait des cris: «La Constitution et la liberté de la presse!»

[142] Le Prince Adam Czartoryski, conservant toujours ses illusions, avait vu ses espérances se relever par les troubles qui régnaient partout et dont les Polonais tâchaient de profiter pour leur cause. Le Prince arriva à Berlin, où régnait le plus complet désarroi, et il crut imposer en déclarant, avec une certaine hardiesse, que lord Palmerston et M. de Lamartine avaient promis de l'appuyer sur terre et sur mer, dans le cas où la Prusse se prononcerait pour le rétablissement de la Pologne. La présence à Berlin du Prince Czartoryski fut si mal vue par l'Empereur de Russie, qu'il fit signifier à son Ministre, M. le baron de Meyendorff, qu'il devait quitter Berlin si le Prince y prolongeait son séjour.

[143] Le 2 avril 1840, à midi, eut lieu à Berlin l'ouverture de la deuxième Diète générale, Diète réunie en une seule Chambre, et sans distinction d'ordres ni de curies. Le commissaire de cette Diète, Président du Conseil, M. de Camphausen, accompagné de tous les Ministres, fit, au nom du Roi, cette ouverture. Il prononça un discours, à la suite duquel il présenta un projet de loi sur les élections, afin de réaliser, sur une large base, la Constitution que le Roi avait donnée à son peuple, à la suite des événements du 18 mars.