[144] A la suite d'une collision entre la troupe et le peuple à Vienne, le 13 mars 1848, et débordé par l'insurrection de la Vénétie, M. de Metternich, qui s'était trop imaginé représenter à lui seul le génie de la résistance, fut contraint, par une foule en fureur, de donner sa démission et de fuir l'Autriche, avec sa femme. Ils gagnèrent d'abord Dresde, mais l'impopularité du Prince était telle, qu'ils durent gagner la Hollande et l'Angleterre. En 1849, ils vinrent s'établir à Bruxelles.
[145] L'assemblée qui s'était convoquée spontanément à Francfort pour donner à la patrie un centre d'action dans le cas où les Princes n'auraient pas voulu s'associer au mouvement de fusion qui s'opérait alors entre les races germaniques, s'était dissoute le 2 avril, après avoir obtenu des Princes, à la Diète, la réunion d'un Parlement allemand. Toutefois, pour veiller à l'exécution de cette promesse, elle avait nommé une commission de cinquante membres, chargée de convoquer, dans le délai d'un mois, un Parlement national dans le cas où il ne serait pas déjà élu par les divers États.
[146] La nouvelle de la révolution de Paris avait produit une immense sensation dans le Grand-Duché de Posen. Une émeute éclata à Posen même où Mieroslawski, sorti de prison le 19 mars, forma une armée et organisa la guerre.—A Cracovie, à la nouvelle des troubles de Vienne, soixante-dix mille Polonais se rendirent chez le comte Deyne, commissaire civil, demandant la liberté de quatre cents de leurs compatriotes.
[147] Il n'y eut pas d'ultimatum proprement dit; ce n'était qu'un bruit de journaux. Le Comité national polonais publia seulement un manifeste proclamant qu'aussi longtemps que toute la Pologne ne serait pas rétablie, les Polonais considéreraient toute séparation arbitraire des parties de leur pays comme un nouveau partage de la Pologne, et menaçaient de protester devant les peuples de l'Europe de cette violation. Cette protestation devait se faire le 26 avril par deux lettres du Prince A. Czartoryski adressées, l'une à M. de Lamartine, alors ministre des Affaires étrangères à Paris, l'autre au baron d'Arnim, qui occupait les mêmes fonctions à Berlin.
[148] Le noble et chevaleresque Charles-Albert, qui avait, pour soustraire son pays à l'influence de l'Autriche, formé une armée fortement organisée et promulgué une Constitution, était devenu l'espoir de l'indépendance italienne. Profitant de l'insurrection qui avait éclaté le 18 mars à Milan, suivie de la défaite de l'armée autrichienne et de la fuite de l'Archiduc Reynier, le Roi avait déclaré la guerre à l'Autriche le 20 mars. Il enleva d'abord rapidement les positions de l'ennemi jusqu'à l'Adige, mais attaqué par des forces supérieures, il devait plus tard (en août) perdre la sanglante bataille de Custozza et être obligé d'évacuer Milan.
[149] Après Milan, Venise s'ébranla à son tour. Le 20 mars, l'Arsenal fut pris par les insurgés. Le gouverneur civil comte Palfy remit tous ses pouvoirs au comte Zichy, gouverneur militaire, qui, hésitant devant une effusion de sang, abdiqua lui-même entre les mains de la Municipalité en capitulant le 22 mars avec le Gouvernement provisoire. Venise fut ainsi délivrée des Autrichiens. Le 21 mars, Trévise avait également dû capituler et la garnison autrichienne avait quitté la ville.
[150] Les troupes prussiennes, commandées par le général Blum, s'étaient dirigées sur Miloslaw, qu'elles prirent après un combat opiniâtre; mais une avant-garde, qui poursuivait les Polonais, fut reçue, en approchant d'un bois, par un feu bien nourri qui la repoussa si vigoureusement que les Prussiens tournèrent le dos, se jetèrent, dans leur fuite précipitée, sur leur propre infanterie qui les suivait, rompirent ses rangs et l'entraînèrent dans la déroute. Les Polonais, poursuivant à leur tour les Prussiens, les chassèrent de Miloslaw et leur prirent deux canons.
[151] Le 4 mai, le comte de Ficquelmont, Ministre des Affaires étrangères à Vienne, dut donner sa démission, à la suite d'un charivari des étudiants, qui le considéraient comme un disciple de Metternich.
[152] Depuis plusieurs jours, les manifestations en faveur de la Pologne se multipliaient à Paris. Le 15 mai, une bande d'insurgés se porta sur l'Assemblée nationale et l'envahit, mais l'ordre fut assez vite rétabli.
[153] Le 1er mai, un mouvement révolutionnaire avait éclaté à Rome, par suite du refus du Pape de déclarer la guerre à l'Autriche. Le Ministère donna sa démission. Le Pape, menacé d'un gouvernement provisoire, affirma, dans une allocution, ne pouvoir déclarer la guerre comme Souverain Pontife, mais laissant le pouvoir de le faire, comme Prince temporel, à son Ministère. Pie IX dut accepter, le 5 mai, un Ministère exclusivement laïque, qui fut en opposition constante avec lui.