Berlin, 3 septembre 1841.—J'arrive ici, ayant mis dix-sept heures pour faire cinquante-quatre lieues de France. Ici, où on ne peut pas faire courir devant soi, c'est très bien aller.

M. Bresson m'a conté qu'il était impossible d'être plus maussade et plus désagréable que Mme Thiers; elle a été malade, ou a fait semblant, et a déclaré qu'elle mourrait si elle restait plus longtemps en Allemagne, qui lui apparaissait comme la Sibérie.

Berlin, 5 septembre 1841.—Je suis allée hier chez les Werther, qui vont bientôt changer leur position diplomatique contre une situation de Cour; c'est Werther qui, en bon courtisan, a demandé ce changement, en temps utile; il s'est, par là, épargné un dégoût et procuré une bonne situation. Mme de Werther et Joséphine regrettent ce qu'elles quittent.

Berlin, 6 septembre 1841.—Je vais me livrer au chemin de fer jusqu'à Potsdam. A Potsdam, je ferai ma toilette et dînerai chez la Princesse Charles de Prusse, au Klein Glienicke, aux portes de la ville; je me remettrai ensuite en route et passerai la nuit en voiture, pour arriver demain dans la matinée à Leipzig, où je trouverai les Hohenthal qui m'amènent ma nièce Fanny Biron que j'ai consenti à emmener avec moi en France; on redoutait pour sa santé, qui est délicate, un hiver de Saxe.

Leipzig, 7 septembre 1841.—J'ai quitté mon auberge de Berlin hier matin. J'ai été prendre du chocolat chez Mme de Perponcher, où j'ai appris la triste nouvelle de la mort subite de ma jeune et charmante voisine, la princesse Adélaïde Carolath, mariée sous les auspices les plus dramatiques, il y a un an, à son cousin, et qu'une rougeole rentrée a enlevée en peu d'heures. C'était une personne vraiment idéale, et j'ai été bien saisie de cette disparition si prompte.

J'ai été de Berlin à Potsdam avec le baron d'Arnim, Maître des cérémonies, qui dînait aussi à Glienicke. La Princesse m'a fait faire, en poney-chaise, le tour du parc; après le dîner, une promenade à pied, puis les adieux.

Weimar, 9 septembre 1841.—Nous nous sommes séparées hier matin, à Leipzig, des Hohenthal. Les deux sœurs ont eu le cœur gros en se quittant, cependant le grand air, le joli pays que nous avons traversé ont remis Fanny.

J'ai reçu ici une lettre de la Princesse de Prusse, qui, établie à Kreuznach sur le Rhin, me prie de l'y aller voir, du Johannisberg. J'irai certainement, quoique cela me fasse rester un jour de plus en route.

Francfort-sur-le-Mein, 11 septembre 1841.—Je suis arrivée ici ce matin. Le temps est très beau. Ma nièce va aller, avec son ancienne gouvernante, passer quelques jours à Bonn près de son frère, qui y est en garnison et qui est malade en ce moment. Nous nous retrouverons le 15 à Mayence. Moi, je vais demain au Johannisberg.

Francfort, 12 septembre 1841.—Hier, à l'heure du thé, nous est arrivé le comte Maltzan, qui de Kreuznach où il prend les bains est venu voir sa nièce Fanny. Il est fort aise d'être Ministre des Affaires étrangères. Je doute qu'à la longue il convienne au Roi de Prusse, car il est véhément, irascible, emporté, et le Roi, bon comme un ange, est vif comme salpêtre; mais cela ne me regarde pas. Le Comte est aimable et doux dans sa conversation de salon, et quand il sera déshabitué du commérage, défaut dont il a été infecté à Vienne, il sera très agréable, pour ceux qui n'auront pas d'affaires à traiter avec lui.