La duchesse de Montmorency: «Je vous ai mandé, il y a quelques jours, que Mgr Affre avait, dans un moment de mauvaise humeur, défendu au Chapitre de se rassembler, et qu'alors, celui-ci, pour suivre ses ordres dans toute leur rigueur, n'avait pas été lui souhaiter la bonne année, puisque, pour cela, il fallait se réunir. Tout cela a jeté dans le clergé un désordre qui, aujourd'hui, est au comble. Et voilà qu'aux Tuileries même, on commence à se repentir du triste choix qu'on a fait de M. Affre, car il a fait une scène violente à M. Guillon, évêque de Maroc, premier aumônier de la Reine et fort aimé au Château. Celui-ci, quoiqu'il eût été grand ennemi de Mgr de Quélen, a été se plaindre au Roi de Mgr Affre. Malheureusement, on ne peut le destituer. Il a fait quitter à M. de Courtier, curé très populaire des Missions étrangères, sa paroisse; celui-ci ne vit plus que de ses messes. Les chanoines de Notre-Dame ne disent plus la messe au maître-autel, parce que ce serait une façon de se rassembler; de même à matines et aux autres offices. C'est comme si la Cathédrale était en interdit. Mgr Affre est si violent, qu'ayant dicté d'étranges lettres à son secrétaire, jeune et innocent abbé, celui-ci s'est permis une observation; aussitôt il a été mis à la porte avec le bâton blanc. Comme c'est chrétien, pastoral, évangélique!
«M. Demidoff a renvoyé le secrétaire, le maître d'hôtel et les domestiques qu'il avait ici. On ne le sait point encore arrivé en Russie, ni si l'Empereur Nicolas permettra à sa femme d'y entrer avec lui: on en doute.
«Le duc Decazes a ses affaires dans un affreux désordre, ses gens le quittent; on le dit, du reste, fort malade.»
M. Raullin: «Nous avons eu hier, à Notre-Dame, une prédication du Révérend Père Lacordaire, qui veut rétablir ou établir en France l'ordre des Dominicains, avec leur bel habit blanc. Tout Paris y est venu: l'église était comble. On a beaucoup dit, pour et contre ce sermon; c'était une prédication à la manière de Pierre l'Ermite prêchant la Croisade aux peuples, seulement la Croisade n'était contre personne, mais pour le catholicisme. C'était Rome et la France, marchant ensemble depuis Clovis à la conquête de la vraie liberté et de la civilisation. Il y avait, dans tout cela, un mélange de papauté et de nationalité, de monarchie spirituelle et de liberté universelle, de manière à faire trembler les piliers et à remuer les fondements de toutes les églises gallicanes. Je ne voudrais pas qu'on renouvelât souvent de pareils essais, mais une fois, en passant, ce n'est pas un mal. J'ai surtout été frappé de cet immense concours de monde et de l'attention infinie avec laquelle on suivait toutes les paroles de ce résurrecteur des Dominicains. Que sera-t-il de cette tentative? J'ai peur que l'imagination seule et le pittoresque n'en fassent les frais. Je n'aime pas qu'on débute par l'extraordinaire.»
La duchesse d'Albuféra: «Mme de Rambuteau, pour se tirer de la terrible foule qui envahit les salons de l'Hôtel de Ville, a déclaré qu'elle n'inviterait, en fait de nouvelles connaissances, que ceux qui se feraient présenter chez elle les mardis matin. C'est ce qu'elle a répondu à un billet de Mme d'Istrie, qui lui demandait de lui présenter sa sœur, Mme de La Ferronnays. On a trouvé ce mot de présentation ridicule de la part de Mme de Rambuteau envers Mme de La Ferronnays; on en glose, on s'en moque, et beaucoup de personnes comme il faut ne veulent plus retourner à l'Hôtel de Ville.
«Mme de Flahaut n'est occupée qu'à attirer le faubourg Saint-Germain chez elle; cela donne beaucoup d'humeur à M. le duc d'Orléans: mais comme les Princes ne vont plus dans les salons, Mme de Flahaut dit qu'elle ne continuera pas à sacrifier ses goûts aux fantaisies de M. le duc d'Orléans. Émilie, sa fille, qui gouverne la maison, pousse dans ce sens-là. Les jeudis, on danse chez Mme de Flahaut: on disait, chez la marquise de Caraman, que c'étaient des bals de jeunes personnes; à cela, la Marquise a repris: et de jeunes femmes, car j'y suis priée. Là-dessus, on s'est souvenu de son extrait de baptême, qu'on n'a pas trouvé d'accord avec cette prétention!»
Enfin, M. de Valençay m'écrit que Mme de Saint-Elme, l'auteur des Mémoires de la contemporaine, est fort impliquée dans l'affaire des soi-disant lettres du Roi. Le Préfet de police est toujours très occupé d'arriver au fond de cette intrigue.
M. de Valençay a été entendre le Père Lacordaire qui représentait, dit-il, un beau tableau espagnol. Son discours a été très républicain, ses expressions très différentes de celles employées jusqu'à présent en chaire, mais il a beaucoup de talent et de verve.
Il ajoute que M. de Chateaubriand lit ses Mémoires chez Mme Récamier: Mme Gay s'y pâme d'admiration; Mme de Boigne y fait la grimace: ces deux sensations sont devenues évidentes à un portrait très brillant de M. le duc de Bordeaux. Mme la duchesse de Gramont-Guiche, qui y était, a été médiocrement contente d'un passage où il était question d'elle, et où M. de Chateaubriand dit: Madame de Guiche qui A ÉTÉ d'une grande beauté.
Voilà tout ce que je trouve dans mes lettres qui vaille la peine d'être extrait, et encore y a-t-il bien du fatras.