[147] L'étrange épuisement qui consumait l'armée anglaise devant Sébastopol avait déchaîné l'opinion publique en Angleterre contre le Ministère, qui réclamait à grands cris le relèvement de la puissance britannique. Le 27 novembre 1854, la Reine avait convoqué d'urgence le Parlement, pour le 12 décembre, afin de prendre des mesures qui pousseraient la guerre avec vigueur et accroîtraient les forces de l'armée. Lord Palmerston, le ministre le plus populaire de l'Angleterre, reçut la mission de former un nouveau Cabinet. Celui-ci concentra dans les mains du commandant en chef de l'armée les forces militaires, réforma le commissariat, organisa un service de transport, et les dons des particuliers affluèrent en telle exubérance, qu'après avoir passé par toutes les souffrances, par tous les dénûments de l'extrême misère, l'armée anglaise connut toutes les abondances, et aussi tous les dangers de l'extrême bien-être.
[148] Le dissentiment, qui s'était manifesté entre l'Autriche et la Prusse sur la question de la mobilisation, avait fait commencer au Cabinet de Vienne des négociations avec différents gouvernements allemands, et pour donner un point d'appui, l'Empereur d'Autriche manifestait le désir de se placer à la tête de l'armée fédérale. Effrayée de cet isolement, la Prusse avait envoyé le comte de Wedel à Paris, dans l'espoir de s'entendre directement avec les Puissances occidentales. La France devait reconnaître à la Prusse le droit de prendre part au Congrès de Vienne et la Prusse disposée à accéder au traité du 2 décembre. Mais ces négociations échouèrent complètement.
[149] M. de Niebuhr, conseiller du Cabinet du Roi, passait pour un ami de la Russie.
[150] Chez Mme de Lieven.
[151] Au retour de la campagne peu fructueuse de la Baltique, l'amiral Napier, le cœur gonflé d'amertumes, ne respectant ni autorité, ni discipline, ni convenance, ni lui-même, avait, après un dîner du Lord-Maire, prononcé un discours extraordinaire dans lequel il attaquait le Gouvernement et sir James Graham, président de l'Amirauté. Il le déclara indigne de présider, puisque sir James Graham s'était joint aux hommes qui l'avaient blâmé de n'avoir pas enlevé Cronstadt et de s'être opposé à son attaque. Il avait fallu rabattre des illusions qu'on se faisait si légèrement au commencement des hostilités du Nord et de l'Orient; les Anglais rendirent leurs chefs responsables des difficultés, le langage de sir Charles Napier et la conduite de lord John Russell abandonnant ses collègues à l'heure du danger et travaillant ouvertement, par ses intrigues, à supplanter l'administration dont il avait fait partie, rendirent plus complète l'anarchie qui régnait dans les régions les plus élevées du pouvoir.
[152] Ce fait n'a pas été prouvé et fut même démenti. On en parla beaucoup à Turin, à cette époque, et il est certain que le Roi Victor-Emmanuel ne signa qu'avec une grande répugnance les lois dont il est ici question. La mort avait frappé, en un mois, la Reine mère, la Reine régnante et le Duc de Gênes, frère du Roi.
[153] Ce fut, en effet, en 1855 que le duc de Broglie prit possession du fauteuil laissé vacant par la mort de Sainte-Aulaire à l'Académie française. M. Ernest Legouvé remplaça M. Ancelot. M. Ponsard succéda, dans la même année, à M. Baour-Lormian.
[154] Le général de Wedel avait été chargé de négocier à Paris un projet de traité séparé, pour conclure entre la Prusse et la France, sur la base que la Prusse serait disposée à signer, le protocole du 28 décembre, afin de prendre sa place dans la Conférence de Vienne. Mais ces négociations n'aboutirent pas, la Prusse cherchant toujours à conserver sa liberté d'action.
[155] L'Empereur Nicolas avait cru au prompt triomphe de ses armes; les défaites qu'elles essuyèrent successivement en Crimée lui portèrent un coup terrible qui abrégea ses jours. Déjà souffrant en janvier, il commença à ressentir les atteintes de la grippe; malgré les défenses des médecins, il voulut, un jour, inspecter les troupes qui partaient pour la Crimée; le mal s'aggrava et fit des progrès si rapides qu'il fut emporté subitement le 2 mars. Cette nouvelle inattendue fut comme un coup de foudre pour l'Europe, particulièrement pour Berlin.
[156] Le 25 février 1855, M. Berryer prenait place à l'Académie française. Il y était reçu par M. de Salvandy et remplaçait Alexis de Saint-Priest dont il avait à faire l'éloge. En parlant des relations de M. de Saint-Priest, M. Berryer avait dit entre autres: «De bonne heure, il fut admis dans les entretiens familiers où M. de Talleyrand se jouait et profitait avec éclat et finesse de ses avantages, étant d'assez grande naissance et revêtu d'assez hautes dignités, pour ne parler ou se taire, n'interroger ou ne répondre qu'à son moment, toujours assuré de la victoire, comme un capitaine pouvant toujours, à son gré, choisir le terrain du combat.»