Berlin, 23 janvier 1851.—M. de Radowitz est revenu avant-hier d'Angleterre, ce qui fait naître bien des inquiétudes, et aussi bien des espérances, et jette, de toutes parts, une certaine agitation dans les esprits surtout, le Roi ayant dit tout haut, à table, qu'il l'avait appelé auprès de lui.
Berlin, 25 janvier 1851.—Avant-hier, à un grand dîner chez Prokesch, le ministre d'Autriche, on m'a assuré qu'à Dresde tout allait bien entre la Prusse et l'Autriche, mais que les petites puissances leur donnaient beaucoup de fil à retordre. En attendant, il y a tous les jours ici des revues pour inspecter les régiments de la Landwehr, qui rentrent dans leurs foyers; cependant, le désarmement ne va pas aussi vite que le voudrait le ministre des Finances, et que les populations le demandent.
Berlin, 1er février 1851.—J'ai dîné avant-hier à Charlottenburg, avec le comte de Sponneck, danois arrivant de Vienne et s'arrêtant ici pour y terminer l'interminable question danoise.
Quelqu'un de fort avant dans la haute diplomatie me disait hier que, depuis que Schwarzenberg avait écarté Schmerling du Cabinet de Vienne, il s'y était grandement fortifié et avait éliminé un dangereux intrigant. Ce n'est pas un autrichien qui m'a tenu ce langage.
Berlin, 5 février 1851.—L'Archiduc Léopold est venu, de Hambourg, faire une pointe ici. Il y est arrivé hier; je l'ai vu le soir, en petit comité, chez le ministre d'Autriche. Il est grand, beau, gai, naturel, aimable, avec cette rondeur et cette bonhomie autrichienne qui a de la grâce. Il m'a beaucoup plu. Aujourd'hui, il y a parade en son honneur à Potsdam, demain ici. Il repartira le 8, je crois, pour son corps d'armée.
Berlin, 7 février 1851.—A la Cour, avant-hier, tout avait fort bel air; les femmes en grand habit; le cercle suivi d'un superbe concert exécuté dans la grande salle blanche. Le Roi portait le cordon de Saint-Étienne, en l'honneur de l'Archiduc.
Hier matin, pour le même objet, grande parade. Le soir, grande soirée chez le ministre d'Autriche, où tous les Princes, par exception, se sont rendus, sauf le Prince de Prusse.
Le Roi, après la parade d'hier, a porté, lui-même, le grand cordon de l'Aigle noir à l'Archiduc. Pendant la parade, il a fait jouer l'air national autrichien. Que tout cela est étrange par la rapidité des changements de scènes, sans transition! Ce qui est triste, c'est qu'il n'y a là aucune garantie contre un changement également rapide en sens contraire.
Berlin, 23 février 1851.—Les nouvelles de Dresde ne semblent pas très rassurantes; les petites puissances se montrent toujours difficultueuses, récalcitrantes; les grandes puissances qui pourraient, qui devraient s'entendre pour les soumettre, se combattent par des rivalités hors de saison.
La France proteste contre l'incorporation des provinces lombardo-vénitiennes; la Prusse veut ravoir Neuchâtel; Mazzini agite l'Italie et aiguise partout des poignards; ses émissaires arrivent même dans le Nord, et la police prussienne commence à avoir l'éveil sur leur présence ici, mais cette police est d'une maladresse proverbiale. Le Hanovre se met aussi à faire son petit bout de libéralisme, intempestif, incommode, déplorable, et cela parce que le vieux Roi baisse visiblement, que son ministre principal est actuellement M. de Münchhausen, qui a des tendances pour le parti de Gotha[ [5] et qui est soutenu par la toute-puissance de la comtesse de Grote, dont il est le gendre. Les intrigues Bunsen-Cobourg-Gotha brochent sur le tout. Le Prince Albert, qui voit son frère sans enfants, vise à l'agrandissement du duché de Cobourg et à la formation d'une espèce de royaume de Thuringe pour son second fils, et il s'agite, à cet effet, par tout moyen.