Vous avez pleuré, bonne aimable enfant, à la tragédie de Marie Stuart! Cela m'a fait désirer que vous lisiez la vie de cette Reine infortunée, pour qui la nature avait tout fait, pour qui la fortune s'était en quelque sorte épuisée et qui par la violence de ses passions a fini sur un échafaud, après une captivité d'environ dix-huit ans.

Cette histoire est très instructive, chère petite amie, pour des personnes surtout qui dès le berceau semblaient avoir été appelées aux plus heureuses destinées.

Je vous félicite, chère enfant, de tous les amusements que vous procure votre angélique maman et des jolies soirées que vous avez au milieu de l'aimable jeunesse qui vous entoure. Soyez toujours envers les autres ce que vous voudriez que les autres fussent envers vous. La prévenance, la complaisance, le plaisir de faire plaisir doivent vous guider dans vos jeux, comme dans vos entretiens. Comment va le piquet? Comment va le 21?

Mademoiselle Julie de Hardenberg prend vos leçons. Vous aurez par là, chère enfant, une bonne occasion de vous fortifier dans l'étude de ce que vous avez appris. Vous ne me parlez pas de la petite Pauline; non plus que de la grande Pauline, dont je vous ai prié de me donner des nouvelles. Aurez-vous l'amitié pour moi de lui dire bien des choses en mon nom, ainsi qu'à sa digne maman et à toute son estimable famille! Le bon tuteur vous embrasse bien tendrement. Il a attendu la rose: mais il s'est consolé de ne pas la voir, pensant bien que ce n'est pas encore la saison chez vous, et moins encore au 60e degré de latitude Nord.

Voyez-vous, bonne enfant, je vous parle le langage de la Géographie savante et je suis sûr que vous me comprenez à merveille.

Cela fait du bien à mon cœur et vous vous en trouverez un jour beaucoup mieux encore que moi.—Adieu, chère bonne enfant. Le temps s'approche que le petit jardin de la maison de verre commencera à devenir si non habitable, du moins courable. Je vous vois sauter et bêcher, courir et arracher les mauvaises herbes! Cela me donne un joli moment. Si vous avez de bonnes nouvelles de la princesse de Hohenzollern, mandez-les-moi, je vous prie. Mes amitiés à toute votre société.

Votre vieux ami

P.

Saint-Pétersbourg, 28 fév./12 mars 1805.

Votre lettre du 24 février passé, chère aimable petite amie, est fort bien écrite et bien orthographiée; je vous en remercie tendrement, parce que je sens que c'est aussi pour me faire un peu de plaisir que vous soignez votre écriture. Ce motif est si obligeant! Il est si digne d'un cœur tel que le vôtre!