Madame,
Edmond aura l'honneur de remettre ma lettre à Votre Altesse. Elle a bien voulu le traiter avec quelque bienveillance; il en est fier; il m'en a parlé avec chaleur et il voudrait employer sa vie à la mériter. Je lui dis que c'est une grande entreprise, que, m'étant un peu occupé des affaires de l'Europe, je ne puis ignorer combien la beauté, la grâce, l'élévation des sentiments donnent à Votre Altesse le droit d'être difficile; il me répond qu'il sait tout cela mieux que moi qui n'ai pas eu le bonheur d'aller à Löbikau, mais que de la bonté, de la douceur, une conduite éprouvée dans des circonstances difficiles, un désir continuel de plaire sont aussi quelque chose. L'empereur Alexandre a daigné ne pas blâmer son audace, je ne dois pas avoir plus de sévérité: puissiez-vous, Madame, n'en pas montrer davantage. Si Votre Altesse est assez bonne pour m'en assurer, elle fera à jamais le bonheur de mon neveu et voudra bien agréer le dévouement de toute ma famille.
Je prie Votre Altesse de recevoir avec bonté l'hommage du profond respect avec lequel je suis de Votre Altesse Sérénissime le très humble et très obéissant serviteur.
Paris, 7 mars 1809.
Madame,
Il m'est difficile de vous exprimer le plaisir que me donne votre lettre et les heureuses nouvelles que m'apportent M. B*** et Edmond.
Tout ce que l'on m'indique comme pouvant vous être agréable sera fait. Je ne regarde pas Edmond comme un simple neveu, mais comme un des enfants de ma tendresse. J'espère que la princesse Dorothée recevra avec quelque plaisir les marques de l'affection que je désire lui donner, les attentions soutenues dont je tâcherai, dont toute ma famille tâchera qu'elle soit entourée. Je sens combien il faudra les multiplier, non pour compenser, mais pour adoucir les moments où elle sera séparée de Votre Altesse. Je me flatte que ces moments ne seront que passagers, que la France sera le lieu où vous serez le plus souvent. Votre Altesse veut bien me témoigner quelque confiance, quelque bonté; elle peut être certaine qu'il ne tiendra pas à moi de les justifier par le bonheur de sa fille et par le dévouement respectueux qu'aura toujours pour vous,
Madame, votre très humble, etc.
15 juin 1809.
J'ai reçu hier votre aimable lettre, madame la Duchesse. Je n'avais pas besoin d'être aussi seul et dans un lieu aussi triste que Bourbon-l'Archambauld pour qu'elle me fît un bien grand plaisir. Vous me paraissez avoir été contente de Rosny; je l'espérais. Vous vous serez, suivant votre image, trouvée au milieu de gens qui vous aiment et vous respectent, et vous avez, vous, de quoi vous plaire à la campagne. Une vie simple et douce où l'on n'affecte rien, où l'on jouit tour à tour et de la nature et de l'amitié a bien quelque charme pour une personne qui, comme vous, a de l'élévation dans le caractère, du naturel, du goût et de la grâce dans l'esprit. Je reçois des nouvelles de ma mère qui m'inquiètent. Serait-elle donc destinée à jouir si peu de temps du plaisir de voir sa petite-fille! Le bulletin d'aujourd'hui est meilleur mais il ne me rassure pas encore. À combien de tribulations la vie est-elle destinée, combien d'inquiétudes en marquent presque tous les instants? Je ne sais pourquoi toutes mes idées sont noires. J'ai besoin de me retrouver avec tous les miens et il faut, grâce à Dorothée, que vous me permettiez de vous compter dans ce nombre…