[84: Daniel Stern (madame d'Agoult) fait de la duchesse d'Angoulême le portrait suivant (1827):

«Madame Royale, duchesse d'Angoulême, qui portait, malgré sa maturité—elle avait alors quarante-six ans—depuis l'avènement de son beau-père, le titre juvénile de Dauphine, n'était pas douée des agréments d'esprit et des manières qui avaient rendu si attrayants l'entretien et la familiarité de Marie-Antoinette. Elle n'y prétendait pas, loin de là. Quelque chose en elle protestait contre ses grâces imprudentes auxquelles certaines gens, parmi les royalistes, imputaient les malheurs de la Révolution. Marie-Thérèse de France, au moment de son mariage—à Mittau, le 10 juin 1799—avec son cousin germain, Louis-Antoine, duc d'Angoulême, avait une noblesse de traits, un éclat de carnation et de chevelure qui rappelait, disait-on, l'éblouissante beauté de sa mère. J'ai porté longtemps en bague une petite miniature qu'elle avait donnée, à Hartwell, à la vicomtesse d'Agoult; on l'y voit blonde et blanche, avec des yeux bleus très doux. Mais peu à peu, en prenant de l'âge, ce qu'elle tenait de son père s'était accentué: la taille épaisse, le nez busqué, la voix rauque, la parole brève, l'abord malgracieux. Dans les adversités d'un destin toujours contraire, sous la perpétuelle menace d'un avenir toujours sombre, dans la prison, dans la proscription, Madame Royale s'était cuirassée d'airain. Sa volonté, toujours debout, refoulait incessamment, comme une faiblesse indigne de la fille des rois, la sensibilité naturelle à son âme profonde. Simple et droite, courageuse et généreuse comme il a été donné de l'être à peu de femmes; intrépide dans les résolutions les plus hardies; ne cherchant, ne voulant, ne connaissant que le devoir; fidèle en amitié, capable des plus grands sacrifices, charitable sans mesure et sans fin; malgré tant de vertus, Marie-Thérèse ne sut pas se rendre aimable; elle ne fut point aimée des Français, comme elle eût mérité de l'être. La France, qu'elle chérissait avec une tendresse douloureuse, ne lui pardonna jamais d'être triste. Ni son mari qui se pliait à sa supériorité, ni le roi son oncle, ni le roi son beau-père qui lui rendaient hommage, ni les serviteurs dévoués qui l'admiraient, ne pénétrèrent, je le crois, le secret passionné de cette âme héroïque. La maternité lui manqua. Elle vécut et mourut connue de Dieu seul.» (Mes Souvenirs, p. 274).]

[85: Il s'agit ici du second séjour de Louis XVIII à Mittau, qui dura de janvier 1803 à septembre 1807. Il y avait déjà séjourné de mars 1798 à janvier 1801. Sur l'ordre de Paul Ier, le comte de Provence, avec sa petite cour, avait quitté la capitale du duché de Courlande et s'était rendu à Varsovie. L'empereur Alexandre Ier le rappela à Mittau et lui servit, au début, une pension d'environ 200 000 roubles. Voir l'ouvrage très documenté de M. Ernest Daudet, Histoire de l'Émigration, t. III.]

[86: Le prince de Talleyrand, dans ses Mémoires, fait de son entrevue avec Louis XVIII, à Compiègne, le récit suivant: «Il était dans son cabinet. M. de Duras m'y conduisit. Le roi, en me voyant, me tendit la main et de la manière la plus aimable et même la plus affectueuse me dit:—Je suis bien aise de vous voir: nos maisons datent de la même époque. Mes ancêtres ont été les plus habiles: si les vôtres l'avaient été plus que les miens, vous me diriez aujourd'hui: Prenez une chaise, approchez-vous de moi, parlons de nos affaires; aujourd'hui c'est moi qui vous dit: Asseyez-vous et causons… Je fis bientôt après le plaisir à l'archevêque de Reims, mon oncle, de lui rapporter les paroles du roi, obligeantes pour toute notre famille… Je rendis compte au roi de l'état où il trouverait les choses. Cette première conversation fut fort longue (t. II, p. 109).]

[87: Voici ce qu'écrit sur ce sujet et à cette époque, l'auteur de ces Mémoires:

Mittau, le 11 février 1807.

«Ma bonne Jeanne, j'ai appris avec grand plaisir par tes lettres à maman que tu te portes bien. Tu n'as certainement pas cru que nous célébrerions le jour de naissance de notre chère maman dans Mittau; nous avons été tout à fait tristes ce jour-là, d'abord par mille souvenirs et parce que tu n'y étais pas… J'ai vu la duchesse d'Angoulême qui est bien aimable et que je trouve très belle; Louis XVIII est aussi aimable. La Duchesse m'a demandé laquelle de mes sœurs j'aimais le plus et j'ai dit que c'était toi parce que je te connaissais le plus et parce que tu étais bien bonne. Je te prie d'embrasser Pauline et de faire mes compliments à la Maynard et à la Costantini; dis à cette dernière que je fais tous les jours mes gammes et mes passages. Adieu, chère et bonne Jeanne, je t'embrasse de tout mon cœur et t'aime comme je désire être aimée de toi.

«TA DOROTHÉE.»

(Lettre inédite.) ]

[88: Le baron Hue, commissionnaire général de la maison du roi, donne la liste des émigrés qui étaient auprès de Louis XVIII durant son second séjour à Mittau. C'étaient: le duc de Gramont, le duc de Piennes, le duc d'Havré, le comte de la Chapelle, le marquis de Bonnay, le comte de Damas, la comtesse de Narbonne, la comtesse de Choisy, la duchesse du Sérent, le comte et la comtesse de Damas-Crux, l'abbé Edgeworth, l'abbé Fleuriel, l'abbé Destournelles, M. Le Fèvre, etc.