Tout allait donc pour le mieux, et l'évacuation, qui continuait grand train, allait amener bientôt la remise de la citadelle. En effet, le 18 au soir, à la nuit tombante, le pavillon napolitain fut amené. Le lendemain matin, vers les neuf heures, les couleurs italiennes étaient hissées en tête du mât de pavillon à la porte d'entrée du fort qui était lui-même remis aux délégués du général Garibaldi, et occupé immédiatement par un poste de chasseurs des Alpes.
Il restait cependant encore vers le môle une certaine quantité de troupes à embarquer; mais à une heure, les derniers hommes rejoignaient les navires, et toute l'escadre napolitaine appareillait. Peu de temps auparavant avait eu lieu la remise des prisonniers palermitains retenus dans le fort depuis le 4 avril. Ces prisonniers, appartenant aux premières familles de la cité, étaient: le prince Antonio Pignatelli, le baron di Calabria, le padre Octavio Lanza, le marquis Santo-Giovanni, le prince Nisciemi, le prince Giardinelli, le baron Rizzo, etc.
Toute la ville s'était donné rendez-vous devant la citadelle pour les recevoir.
Accueillis par des cris frénétiques, les prisonniers furent portés, plutôt qu'escortés, vers les voitures où leurs familles les attendaient. Un long cortège d'équipages, les musiques civiles et militaires de Palerme, des détachements de tous les corps de volontaires et de nombreux picchiotti remplissaient les rues avoisinantes. Dans leur parcours, jusqu'au Palais-Royal, ce ne fut qu'une longue ovation. Les prisonniers étaient littéralement ensevelis sous les fleurs qu'on leur jetait de toutes parts. On dansait, on sautait et on s'embrassait aux abords du cortège, en tête duquel marchait, ou plutôt gambadait, tout le monde a pu le voir, plus d'un grave cordelier à la robe de bure qui envoyait à la fois des bénédictions avec ses mains et des entrechats avec ses pieds. C'était, en un mot, la folie de l'ivresse et un coup d'oeil magique. Pas un cri, pas une figure qui ne fût à l'unisson de l'allégresse commune, et, ce qui est plus remarquable, on n'eut pas à déplorer le plus petit accident dans ce brouhaha et dans cette cohue.
De nombreux déserteurs napolitains restaient en ville, la plus grande partie demandant à être incorporés dans les volontaires.
En résumé, le nombre des morts en ville était de 573; celui des volontaires, de près de 300, et celui des Napolitains, de 5 à 600 tués et 1,500 blessés.
Le chiffre des dégâts dans la ville s'élevait à plus de 30 millions.
Comme on pourrait taxer d'exagération le récit des atrocités commises par les troupes royales, il est bon de citer, entre autres documents, le rapport du vice-amiral anglais Mundy.
«A bord de l'Hannibal, à Palerme, 3 juin.»
«Le vice-amiral Mundy au secrétaire de l'Amirauté.»