«Fabrizzi et Interdonato ont marché sur le Jesso par ordre du généralissime. L'ennemi, qui occupait cette position, s'est retiré aussitôt vers Messine.
«Le Dictateur, dans un combat de cavalerie à Milazzo, a d'un revers de son sabre fait sauter le bras et l'épée au major du corps napolitain, qui le poursuivait; après quoi la cavalerie napolitaine a été dispersée et, détruite. Juste punition d'une opiniâtreté fratricide.
«Vive l'Italie! Vive Victor-Emmanuel!»
Le soir même du combat, et malgré l'insuffisance du service d'ambulance, tous les blessés furent relevés, aussi bien ceux des Napolitains que ceux de l'armée libérale, et transportés, partie à Barcelona partie dans les maisons de Milazzo qui étaient restées presque désertes: tous les habitants s'étant réfugiés sur l'extrémité de la presqu'île où se trouvent une grande quantité de villas.
Le consul d'Angleterre s'était empressé de mettre sa maison à la disposition du général Garibaldi et de son état-major. Toute la nuit, la ville fut illuminée par les volontaires. Le premier soin de Garibaldi, après avoir pensé à ses blessés, fut de donner l'ordre au général Fabrizzi et au chef de guérillas Interdonato de marcher avec leurs troupes sur le Jesso, vers les plus proches versants de la ceinture de montagnes qui entoure Messine, pour obliger les troupes qui battaient en retraite de Spadafora à gagner cette ville au plus vite, et inquiéter, par ce mouvement, les troupes royales dans le cas où elles chercheraient à faire une pointe pour dégager le général Bosco.
Le 21 et le 22, on commença, du côté de l'armée nationale, quelques travaux d'attaque contre le château.
Manquant d'artillerie de siége, le général Garibaldi était résolu à procéder par la mine contre les défenses de la place. De son côté, le château envoyait des boulets et de la mitraille partout où il apercevait un assaillant. Le 23, au matin, trois bâtiments de commerce français, le Charles-Martel, la Stella et le Protis, frétés par le gouvernement napolitain, arrivaient sur la rade de Milazzo, chargés de vivres et de munitions pour l'armée royale. Grand fut l'étonnement du premier des capitaines de ces navires, M. de Salvi, commandant le Protis, en débarquant, de se voir conduit au général Garibaldi, quand il croyait rencontrer le général Bosco.
Après avoir expliqué au Dictateur quelle était sa mission, il lui demanda à retourner à son bord pour décider avec les capitaines des deux autres navires ce qu'ils avaient à faire. En ce moment, l'aviso à vapeur de guerre, la Mouette, commandant Boyer, qui se rendait à Messine et devait toucher à Milazzo, mouillait à côté du Protis. Le commandant Boyer s'était à juste titre ému de la fausse position dans laquelle se trouvaient, ces trois bâtiments français. Après avoir convoqué les capitaines et apprenant que le général Garibaldi les laissait entièrement libres de leurs manoeuvres, il les engagea à faire route pour Messine.
M. de Salvi qui, indépendamment du transport qu'effectuait son navire, avait une mission particulière de la cour de Naples, déclara alors au commandant de la Mouette qu'il croyait de son devoir, avant d'appareiller, de faire tout son possible pour communiquer avec le chef de l'armée royale.
Quelques instants après, la Mouette continuait sa route sur Messine et le Charles-Martel et la Stella la suivaient de près. Quant au capitaine du Protis, il se faisait débarquer et retournait chez le général Garibaldi; celui-ci s'empressa de lui donner l'autorisation de se rendre à la citadelle pour accomplir sa mission. Il le chargea même, de son côté, d'un projet de capitulation qu'il devait soumettre au général Bosco. Garibaldi offrait la liberté aux officiers, mais il demandait que les troupes restassent prisonnières de guerre. De plus, il faisait prévenir le commandant de l'armée royale que deux mines étaient assez avancées pour rendre certaine l'ouverture de plusieurs brèches et que, s'il refusait la capitulation, on serait forcé de recourir à ce moyen. M. de Salvi était accompagné d'un clairon avec drapeau blanc et d'un officier, afin de pouvoir, sans encombre, arriver à sa destination. Ce ne fut qu'après deux ou trois appels de clairon que deux officiers napolitains, sortis par la poterne, vinrent s'informer de ce que désirait le parlementaire et, sur son explication, le prièrent d'attendre quelques instants pour qu'ils pussent aller rendre compte de sa demande d'introduction au général Bosco.