Chacun, cependant, abandonna sans le regretter, je crois, les plages hospitalières du Ringo et de la Grotta.

On prétend, est-ce à tort ou à raison? que Messine devait être la rançon de la citadelle de Milazzo. Il est, en effet, permis de penser que le Dictateur avait bien pu sacrifier la satisfaction de faire prisonnier tout le corps du général Bosco à l'avantage d'occuper, sans coup férir, et de sauver d'un bombardement la ville de Messine.

Cette malheureuse cité n'était plus qu'un vaste désert depuis l'évacuation complète du port.

Le 23 et le 24 se passèrent sans encombre. Partout, des soldats allant et venant, en troupe ou isolément, sans avoir trop l'air de savoir ce qu'ils faisaient ou ce qu'ils voulaient faire. Le 25 au matin, les rues désertes retentirent de plusieurs décharges de mousqueterie. Un nombreux rassemblement, composé d'au moins trois personnes placées à un kilomètre environ l'une de l'autre avait provoqué cet accès belliqueux de la part des Napolitains. On voyait, au même instant, les troupes campées à Terranova se diriger en profondes colonnes vers la ville. Les deux forts Gonzague et San-Salvador avaient levé leurs ponts-levis, fermé leurs portes et hissé leurs pavillons. Une multitude de baïonnettes brillaient derrière les embrasures aveuglées de canons. Vers une heure, les postes du Télégraphe et de la Torre étaient enlevés par Interdonato et le général Fabrizzi. Les troupes royales, après une courte résistance, s'étaient repliées sur leur vraie ligne de défense, le mont Barracone et les hauteurs qui s'y rattachent.

Elles paraissaient disposées à une sérieuse résistance.

A quatre heures de l'après-midi, on vit toutes les hauteurs en face de cette ligne de défense occupées par les guérillas d'Interdonato. Le pavillon national flottait sur plusieurs points de la montagne.

A cinq heures, une longue fusillade, mais de peu de vivacité, s'engagea entre les deux lignes. Elle dura jusqu'au lendemain 26 à deux heures du matin environ. Toutes les hauteurs d'où l'on pouvait apercevoir le combat, étaient couvertes de spectateurs venant assister en curieux à cette petite guerre d'avant-gardes qui leur promettait, pour le lendemain, une belle représentation militaire. Aussi, dès quatre heures du matin, se hâtaient-ils de revenir à leurs places de la veille; mais, quel désenchantement! pas plus de Napolitains que de Garibaldiens. Les forts de terre seuls, avec leur air de mauvaise humeur, gardaient leurs portes fermées et leurs pavillons hauts. A onze heures, arrivaient dans le port de Messine un grand nombre de vapeurs napolitains et de transports. L'armée royale commençait son évacuation.

Inderdonato, la veille au soir, avait attaqué sans ordre ou, plutôt, malgré des ordres contraires. A la fin on s'était entendu. L'armée royale était rentrée en ville pour s'embarquer et les picchiotti s'étaient couchés.

Comme les Napolitains s'étaient massés autour de la citadelle, abandonnant complètement la ville, quelques hommes de la garde civique, bien avisés, étaient rentrés en ville et avaient pris immédiatement possession des postes.

Le même jour, une proclamation invitait les habitants à réintégrer leurs demeures, les assurant qu'un arrangement était conclu et qu'ils pouvaient, sans aucun danger, boire, manger, dormir et se promener de par la ville avec tous les drapeaux et les vivat possibles.