L’oasis d’El-Kantara, à 35° 16′ de latitude boréale, à 534 mètres d’altitude d’après M. Fournel (environ 550 d’après nos observations barométriques), est située comme les autres oasis des Ziban au delà de la chaîne des montagnes qui séparent le Tell du Sahara ; cette oasis s’étend parallèlement au cours de la rivière, dont les eaux abondantes et douces, par d’importants travaux d’irrigation, fertilisent toutes les cultures. — Un vaste caravansérail, construit, par les soins de l’administration, sur le bord de la rivière opposé à l’oasis, indique seul la domination française. — L’oasis d’El-Kantara ne compte pas moins de 76,200 Dattiers et de 8,552 arbres fruitiers, soumis à un impôt annuel uniforme de 20 centimes. Les plantations de Dattiers et d’arbres fruitiers qui, de loin, présentaient l’aspect d’une forêt, sont divisées en jardins par des murs en terre peu élevés qui les entourent. Ces jardins ne contiennent souvent que quelques arbres habituellement plantés sans ordre ; d’étroits canaux d’irrigation (saguia) creusés dans le sol servent à l’arrosement des arbres et des cultures ; ces canaux mettent en communication entre eux les bassins peu profonds qui entourent chaque pied de Dattier, et permettent aux divers propriétaires d’arroser leurs cultures avec facilité toutes les fois que la sécheresse du sol le nécessite. A l’ombre des Dattiers sont plantes des Abricotiers, des Figuiers, des Grenadiers, quelques ceps de Vigne et quelques Pêchers. Les jardins offrent, en outre, quelques Cédratiers, et la circonférence du tronc de l’un de ces arbres mesurait près de 80 centimètres. Le Blé, l’Orge, les Oignons, les Fèves occupent les vides laissés par les plantations, et croissent vigoureusement grâce à l’ombrage que leur prêtent les arbres en les garantissant de l’influence des vents du sud, et en maintenant dans l’atmosphère la fraîcheur nécessaire à leur développement. — Un habitant du village le plus rapproché du caravansérail, et qui avait reçu, sans doute, quelques leçons de culture au jardin d’acclimatation de Beni-Mora, nous a montré avec complaisance les plantations de Riz de ses saguia, les quelques ares de Coton qu’il venait d’ensemencer, et surtout les arbres fruitiers de son jardin, qui, par les soins qu’il leur avait donnés, se distinguaient déjà de ceux du voisinage. — Les plantes spontanées qui se rencontrent dans les cultures de l’oasis appartiennent, pour la plupart, à la végétation européenne, et nous verrons qu’il en sera de même pour les autres oasis[18]. — Le lit de l’Oued El-Kantara présente de nombreuses touffes de Lauriers-Rose et de Tamarix Gallica, entre lesquelles coulent les eaux de la rivière ; sur les parties nues des berges argileuses croissent en grande abondance un Deverra, le magnifique Reseda Aucheri, et d’autres plantes de la région saharienne. — Des clôtures récentes annoncent l’agrandissement que tend à prendre l’oasis, et dans les jardins qu’elles entourent sont cultivés le Blé et l’Oignon au pied de Dattiers de récente plantation.

L’immense plaine argilo-calcaire d’El-Kantara, bordée au sud de montagnes rocailleuses et nues (Djebel Kteuf), est, en général, d’une extrême aridité ; le Peganum Harmala, l’Anabasis articulata, et l’Artemisia Herba-alba, si commun dans les terrains analogues des hauts-plateaux, y couvrent de larges espaces ; on y rencontre çà et là de rares touffes de Zizyphus Lotus. A l’extrémité de cette plaine la route traverse plusieurs fois le lit de l’Oued El-Kantara, et s’engage entre des collines nues et coupées par de nombreux ravins.

Liste des plantes observées aux environs d’El-Kantara.

A quelques kilomètres plus au sud, à 6 kilomètres nord-ouest d’El-Outaïa, existe une fontaine chaude, que les indigènes connaissent sous le nom de Hammam-Sid-el-Hadj (Bain du Pèlerin) ; son vaste bassin est alimenté par plusieurs sources, dont la principale atteint une température de plus de 40 degrés. Des débris de constructions romaines se rencontrent dans le voisinage de cette source que nous n’avons pas pu visiter. Les eaux de la fontaine du Hammam contiennent une certaine quantité de matières salines, où dominent le sulfate de chaux et le sel marin. M. Guyon (Voyage aux Ziban), auquel nous avons emprunté les détails qui précèdent, signale aux environs du Hammam le Lonchophora Capiomontiana, et dans les lieux arides voisins le Statice pruinosa.

Un unique pied de Dattier, seul vestige d’une oasis détruite par Salah-Bey, l’un des derniers beys de Constantine, nous annonce le voisinage du caravansérail d’El-Outaïa (256 mètres d’altitude). Dans les environs du caravansérail et du village arabe campent quelques douars, dont les troupeaux paissent dans les maigres pâturages de ce sol aride et déjà brûlé par le soleil (27 mai), en attendant le jour peu éloigné de leur migration dans le Tell. Quelques jardins où dominent le Figuier et le Grenadier se trouvent dans le voisinage immédiat du village. — Une herborisation dans le lit de l’Oued El-Kantara, et à la base de la Montagne-de-sel (Djebel Mélah), nous présente la plupart des espèces sociales caractéristiques de la région saharienne, entre autres les Limoniastrum Guyonianum, Statice pruinosa, Linaria fruticosa, Sonchus quercifolius, etc.

Liste des plantes observées près d’El-Outaïa dans le lit de l’Oued El-Kantara et à la base de la Montagne-de-sel.

Le sol de la Montagne-de-sel (Djebel Mélah) est composé d’une argile rougeâtre et de terrains calcaires mêlés de gypse, à la surface desquels vient souvent s’effleurir le sel qui les imprègne et qui apparaît dans le lointain comme de larges taches blanchâtres sur les flancs de la montagne. Le Djebel Mélah doit son nom aux bancs considérables de sel qu’il renferme, et que les habitants exploitent en grand. Le sel peut être extrait par masses volumineuses cristallines, et à un état de pureté qui permet, sans aucune préparation, de le livrer immédiatement à la consommation. Les eaux des sources du Djebel Mélah sont chargées de sel qui cristallise aux bords des ruisseaux et incruste les plantes qui y croissent.

La plaine d’El-Outaïa présente un terrain argileux généralement salé ; ce terrain cependant devient assez fertile sous l’influence des irrigations, et de riches moissons d’Orge et de Blé dur se rencontrent sur tous les points qui peuvent être arrosés par des dérivations des eaux de la rivière. Les Arabes s’occupent de toutes parts de la moisson (27 mai), et coupent les chaumes à peu de distance des épis, dont ils forment des bouquets, qu’ils se jettent de main en main pour les remettre aux femmes qui, sur le bord du champ, en opèrent le battage au moyen de gros bâtons. — Le lit de l’Oued El-Kantara nous offre en abondance des buissons de Limoniastrum Guyonianum, dont les innombrables fleurs, d’un rose vif, forment d’admirables panicules, qui, par leur couleur éclatante, contrastent avec le feuillage blanchâtre de l’arbuste. — A l’extrémité de la plaine s’élèvent des montagnes (Djebel Bourzel) que traverse le Col-de-Sfa. Du sommet du col, on voit se dérouler devant soi la région saharienne dans toute son immensité, et sans autre limite que l’horizon ; les oasis de Biskra n’y apparaissent que comme de vastes îlots de verdure, qui se détachent par leur couleur foncée sur la teinte terne du terrain. — Les pentes pierreuses et le ravin argileux du col ne présentent d’autres plantes ligneuses que le Rhus dioica et le Periploca angustifolia, qui y forment des touffes rabougries. Là se trouvent réunies la plupart des espèces caractéristiques des montagnes basses et arides des environs de Biskra, entre autres les diverses espèces d’Arthratherum, les Andropogon laniger, Chloris villosa, Farsetia linearis, Limoniastrum Guyonianum, etc. Le Lasiopogon muscoides a été également observé par M. Hénon à cette localité.