Jusqu’à l’oasis de Djemora le pays offre le même aspect de stérilité ; ce sont les mêmes ravins, les mêmes montagnes nues. Quelques champs de Blé dur bien arrosés et d’une riche végétation précèdent l’oasis de Djemora. Cette oasis (environ 340 mètres d’altitude), qui s’étend parallèlement à l’Oued Abdi, est encaissée entre les collines de la rive droite de la rivière et la montagne escarpée qui s’élève sur la rive gauche ; elle renferme avec les petites oasis de Gueddila et d’Ouled-Brahim, qui n’en sont que des dépendances, 60,983 Dattiers et 3,349 arbres fruitiers, soumis à un impôt de 30 centimes par pied. Dans les cultures de Djemora on retrouve en abondance l’Opuntia, que nous n’avons vu que rarement dans les oasis des environs de Biskra. De Djemora à Beni-Souik, les alluvions de la rivière sont plantées de Dattiers, ou cultivées en céréales, et les deux oasis se font presque suite. L’oasis de Beni-Souik renferme 13,146 Dattiers et 2,168 arbres fruitiers, qui paient 30 centimes par pied. La pente rapide qui de l’oasis conduit au village, est couverte de champs de céréales disposés en terrasse et abondamment arrosés ; et nous ne pouvons la gravir qu’en suivant les nombreux détours d’une saguia bordée par les murs des cultures ; entre les pierres de ces murs humides croissent en abondance les Stachys Guyoniana, Convolvulus arvensis, Hyoscyamus albus, Carduus pycnocephalus et Parietaria diffusa. — Beni-Souik, à environ 510 mètres d’altitude, est construit sur le penchant d’une montagne dont les rochers dominent le village. Les maisons, en terre, à plusieurs étages, sont disposées en amphithéâtre autour d’un étroit plateau qui forme une sorte de place publique, où nous trouvons dressées les tentes de notre campement. Les pentes escarpées des rochers qui s’élèvent au-dessus du village ne nous présentent que quelques rares buissons de Juniperus Phœnicea et des Oliviers rabougris. Nous y rencontrons quelques pieds de l’Apteranthes Gussoniana que les habitants mangent avec avidité, ce qui peut en expliquer la rareté.

Dans les anfractuosités de la pente qui regarde l’Oued Abdi croît le Fumaria longipes, que nous n’avions encore recueilli que dans la gorge de Mchounech. Sur les alluvions du ravin profond qui contourne la montagne à laquelle est adossé le village, nous observons les espèces sahariennes suivantes :

Ces espèces ne s’offriront plus à nous dans la vallée de l’Oued Abdi au-dessus de ce point. Il faut remarquer que les alluvions présentent à la fois des espèces appartenant à la flore saharienne qui y trouvent encore les conditions de chaleur nécessaires à leur développement, et quelques espèces de la région montagneuse inférieure ou de la région des hauts-plateaux qui y ont été amenées par les eaux.

Liste des plantes observées à Beni-Souik[28].

TRAJET DE LA RÉGION SAHARIENNE A BATNA ;

RÉGION MONTAGNEUSE DE L’AURÈS.

Après avoir quitté Beni-Souik en jetant un dernier regard sur les oasis qui s’étendent à nos pieds, nous descendons la pente rapide qui nous amène au fond de la vallée. Le lit de la rivière dans lequel nous marchons est bordé de Lauriers-Rose et de Celtis australis formant d’épais massifs. Des troncs de Dattiers creusés en canal, et appuyés sur les berges élevées, portent dans l’oasis les eaux des saguia qui sillonnent les flancs de la montagne. Des Ronces, des Clématites en fleurs, s’élèvent entre les Grenadiers et les Abricotiers qui couvrent les berges, et la Vigne s’enlace entre les troncs des Dattiers, dont les cimes forment au-dessus de nos têtes de magnifiques ombrages. La fraîcheur, le murmure des eaux, la pureté du ciel, tout semble concourir à embellir ce site enchanteur.