Les coteaux, au sud de la vallée, présentent le Fraxinus dimorpha, et des pieds de Juniperus thurifera d’un beau développement. Les pentes des montagnes plus élevées qui dominent ces coteaux sont occupées par d’assez beaux bois, dont les essences principales sont le Chêne-vert (Quercus Ilex), le Juniperus Oxycedrus, et le Pinus Halepensis, et où le Calycotome spinosa et l’Anthyllis erinacea avec le Buplevrum spinosum forment des buissons peu élevés. Dans un champ enclavé dans ces bois, nous trouvons pour la première fois une espèce nouvelle du genre Brassica des mieux caractérisées (Brassica dimorpha) avec d’autres plantes intéressantes. — Les clairières de ces mêmes bois nous offrent le Catananche cærulea, des touffes non fleuries du Scabiosa crenata, les Festuca triflora et cynosuroides, etc.

Liste des plantes observées sur les coteaux au sud-est de la vallée de Em-Medinah.

La pente nord du Djebel Cheliah est coupée de ravins profonds, espacés, creusés par les ruisseaux qui se jettent dans l’Oued Essora. En longeant l’un de ces ravins les plus rapprochés d’Em-Medinah, nous traversons de beaux bois composés de Fraxinus dimorpha, de Chênes-verts (Quercus Ilex et var. Ballota), de Juniperus Oxycedrus, qui s’élève seulement à quelques centaines de mètres au-dessus de la base de la montagne ; les branches de ce dernier arbre présentent fréquemment de véritables bouquets de l’Arceutholobium Oxycedri. Au-dessus des bois, jusqu’à la base du premier pic, s’étendent des pâturages ras analogues à ceux que nous retrouvons dans la partie déboisée du pic principal. Le seul arbre que nous observions dans ces pâturages, au-dessus de 1,800 mètres d’altitude, est un pied de Juniperus thurifera, que nous n’avons pas retrouvé ailleurs sur le versant nord de la montagne. Les pentes qui nous conduisent à la crête nous offrent des touffes de Cratægus monogyna var. hirsuta, Sarothamnus purgans, Anthyllis erinacea et d’Artemisia campestris, entre lesquelles croissent les Ononis Cenisia, Vicia glauca, Helichrysum lacteum, Evax Heldreichii, Catananche montana, etc. — Une exploration rapide des sommités du Djebel Cheliah jusqu’à la base du pie principal nous présente les plantes de la région montagneuse supérieure, entre autres les Scorzonera pygmæa, Brassica humilis, Senecio Gallerandianus, Potentilla Pensylvanica, etc. L’approche de la nuit nous force, à cause du voisinage des lions, de gagner notre campement, et de remettre au lendemain une nouvelle ascension de la montagne pour l’exploration du pic principal. L’un des profonds ravins qui s’étendent de ce pic vers la vallée de l’Essora nous conduit aux sources d’Aïn-Turck, près desquelles sont dressées nos tentes (environ 1,500 mètres d’altitude). Le fond de la vallée de l’Oued Essora, au-dessous de notre campement, est occupé par des pâturages et quelques moissons.

Liste des plantes observées dans les pâturages et les moissons de la vallée de l’Oued Essora[33].

La partie inférieure de la montagne est couverte de bois, dont les Chênes-verts (Quercus Ilex et var. Ballota) et le Fraxinus dimorpha constituent les principales essences ; le Juniperus Oxycedrus s’y rencontre en assez grande abondance, et on y voit aussi des buissons souvent assez élevés du Cratægus monogyna var. hirsuta, et de rares pieds du Prunus Insititia ; quelques Cèdres descendent jusque dans la vallée, mais seulement le long des ravins. — Au voisinage du campement d’Aïn-Turck, et au bord des ruisseaux, s’étendent des pâturages ras et déboisés circonscrits par les bois de la partie inférieure de la montagne, et par la forêt de Cèdres qui, au-dessus, en occupe le versant. — Les bords du ravin que nous gravissons dans la forêt de Cèdres nous présentent, vers 1,800-1,900 mètres d’altitude, l’If (Taxus baccata), que nous verrons s’élever jusqu’à la limite supérieure du Cèdre ; mais cet arbre, quoiqu’il atteigne d’assez grandes proportions, ne se rencontre que par individus isolés. L’Acer Monspessulanum, dont nous n’avions rencontré que quelques pieds épars, entre, sur ce point seulement, pour une assez grande part dans la composition de la forêt. Les Cotoneaster Fontanesii et Berberis vulgaris var. australis forment des buissons dans les clairières, où l’on voit des touffes rabougries et hémisphériques du Juniperus nana, et où nous recueillons plusieurs espèces intéressantes : Linaria heterophylla, Paronychia Aurasiaca, Vicia glauca, Lamium longiflorum, Viola gracilis, Selinopsis montana, Iberis Pruitii, Scorzonera pygmæa, Scabiosa crenata, Brassica humilis, etc. — Vers 2,150 mètres d’altitude, on arrive à la limite supérieure de la forêt de Cèdres, qui se termine brusquement, comme au Djebel Tougour, par des Cèdres aussi développés que ceux de la partie inférieure. — Une vallée étroite nous sépare encore de la base du pic ; les deux versants de cette vallée sont également couverts de Cèdres. — Les pâturages, qui s’étendent presque jusqu’aux sources situées à peu de distance du sommet, nous présentent en abondance les : Draba Hispanica, Scorzonera pygmæa, Buplevrum spinosum, Senecio Gallerandianus, Potentilla Pensylvanica (déjà observé en Espagne par M. Reuter dans des stations analogues), etc. ; on y observe aussi le Prunus prostrata, et quelques pieds rabougris de l’Acer Monspessulanum. — Aux environs des sources, dans les endroits frais ou arrosés, croissent les Barbarea intermedia, Arabis ciliata, Viola gracilis, Valeriana tuberosa, etc. — La pente rocailleuse peu étendue qui nous sépare du sommet est en grande partie couverte par d’énormes touffes de Sarothamnus purgans ; là nous recueillons un Jasione non encore fleuri, et voisin de certaines formes du Jasione perennis. — L’étroit plateau pierreux qui forme le point culminant du Djebel Cheliah s’étend de l’est à l’ouest. Des murs en pierres sèches, construits sur la partie la plus élevée, nous servent de refuge contre le vent pour nos observations thermométriques et barométriques.

De ce point, le plus élevé de toute l’Algérie, se déroule un magnifique panorama ; au sud et près de nous, les pentes blanchâtres, abruptes, nues et accidentées, des montagnes qui limitent la vallée de l’Oued El-Abiad, et dans le lointain les plaines du Sahara ; à l’ouest, les sommets de nombreuses montagnes, et aux limites de l’horizon le Djebel Tougour et la chaîne des Ouled-Sultan ; au nord des pentes boisées, et au delà les vastes plaines des hauts-plateaux, et leurs chotts aux surfaces miroitantes ; à l’est, les montagnes accidentées et les vallées profondes de l’Aurès oriental.

Le versant sud du Djebel Cheliah, dont nous n’explorons la pente rocheuse que jusqu’à quelques centaines de mètres au-dessous du sommet, nous offre dans les fissures des rochers l’Amelanchier vulgaris et le Ribes Grossularia, et dans les rocailles qui couvrent le sol les : Erodium montanum, Helichrysum lacteum, Campanula rotundifolia, Anthoxanthum odoratum, Asplenium Ruta-muraria, Rhamnus alpinus, Catananche montana, etc. — Cette pente est trop abrupte et trop dépourvue de terre végétale pour pouvoir être régulièrement boisée ; aussi les Cèdres n’y occupent-ils généralement que les ravins, et n’arrivent-ils qu’à une altitude bien inférieure à celle qu’ils atteignent sur la pente nord ; la plupart d’entre eux présentent les caractères de la vétusté, et leurs sommets ont été brisés par le vent ou par les éboulements de rochers. — Plusieurs pentes méridionales des montagnes élevées qui environnent le Djebel Cheliah ou qui en dépendent sont, au contraire, couvertes de Cèdres presque jusqu’au sommet ; mais ces arbres, dont la cime s’étale généralement en parasol, présentent un moins beau développement que ceux des pentes tournées vers le nord.

Qu’il nous soit permis d’exprimer ici nos craintes sur la conservation des magnifiques forêts de l’Aurès. Les nombreux débris des Cèdres, qui jadis formaient la limite des forêts, indiquent que cette limite a déjà notablement baissé par suite des déprédations des Arabes, qui souvent, au voisinage de leurs pâturages ou de leurs campements, mettent le feu au pied des plus beaux arbres. Il serait à désirer que des règlements sévères vinssent mettre un terme à ces désordres dans des contrées où la conservation de la végétation arborescente est une des conditions indispensables de la richesse du pays ; car la dénudation du sol et l’éboulement des rochers viendrait stériliser les vallées, et apporter à la longue un trouble profond dans la distribution des eaux, en convertissant les cours d’eau, source de fertilité, en des torrents dévastateurs. Pour protéger les forêts d’une manière plus complète, il faudrait aussi empêcher la mutilation des arbres, à laquelle les Arabes ne sont que trop portés, et soumettre à une réglementation l’extraction de la résine, qui, avec l’écorçage, ne sont pas de moindres causes de destruction[34]. Le but ne peut être atteint, néanmoins dans les montagnes élevées et à pentes rapides, que par l’interdiction absolue du pacage dans les pâturages des sommités ; car, par la destruction des jeunes plants et la vétusté de la forêt qui en est la conséquence, les troupeaux contribuent beaucoup à abaisser le niveau d’altitude atteint par la végétation arborescente. La rapidité du développement des arbres dans les pays chauds viendra bientôt, du reste, récompenser les soins de l’administration, ainsi que le prouvent par un exemple frappant les forêts des environs de Batna soumises au régime forestier, et qui sont en voie de réparer leurs pertes. Dans le rapport sur notre voyage dans la province d’Oran, nous avons déjà appelé l’attention sur les résultats importants obtenus aux environs de Saïda, par la surveillance de l’autorité militaire, pour l’amélioration des bois qui couvrent le revers septentrional de la chaîne qui sépare le Tell des hauts-plateaux ; cet exemple démontre que l’autorité militaire peut, par une répression efficace, obtenir des indigènes, sans surcroît de dépenses et sans l’organisation d’un personnel nombreux, la stricte observation des mesures nécessaires pour empêcher le déboisement du pays.