Philippeville, à environ 4 kilomètres de Stora, fondée seulement en 1838, sur l’emplacement de l’ancienne Russicada, a pris un rapide développement, et ses environs présentent des cultures florissantes. — Parmi les restes nombreux qui signalent l’importance de l’ancienne ville romaine, il faut mentionner en première ligne les vastes citernes situées sur le penchant de la colline qui domine la ville au nord-ouest. En se rendant à ces citernes par un des sentiers qui sillonnent la colline, on est frappé de la vigueur d’une végétation à type tout européen. Des Cratægus Azarolus, à tronc de près d’un mètre de circonférence, croissent à la base des côtes schisteuses qui dominent les citernes. La colline est occupée en grande partie par des vignes, des jardins, des vergers, où sont plantés et prospèrent la plupart des arbres fruitiers du midi de la France. Les parties incultes sont couvertes de broussailles entre lesquelles croissent les :
- Lepidium glastifolium Desf.
- Genista tricuspidata Desf.
- Lotus drepanocarpus DR.
- Elæoselinum meoides Koch.
- Daucus gracilis Steinh.
- Lonas inodora Gærtn.
- Cirsium giganteum Spreng.
- Tolpis altissima Pers.
- Scorzonera undulata Vahl.
- Anarrhinum pedatum Desf.
- Cyclamen Neapolitanum Ten.
- Festuca cærulescens Desf.
Partout à la base de la colline, sur les bords des chemins et dans les terrains remués, croît en excessive abondance le Galactites mutabilis.
La route de Philippeville à Constantine traverse la riche vallée de la Zéramna ; cette vallée, qui n’était encore, en 1838, qu’un vaste marais, est devenue, par l’endiguement de la rivière et par de nombreux travaux d’assainissement, un des points les plus fertiles de l’Algérie, et il n’est pas douteux qu’elle n’en devienne également un des plus salubres, lorsque les travaux déjà commencés l’auront complétement mise à l’abri des inondations hivernales. Cette large vallée, qui au voisinage de la ville n’est guère qu’une vaste réunion de jardins, de cultures maraîchères et de vignes, présente, dans quelques points encore incultes, de riches pâturages, dont la végétation luxuriante indique l’extrême fertilité du sol. — Dans les jardins se trouvent réunies presque toutes nos cultures du centre de l’Europe. Nous y avons remarqué, entre autres, des Artichauts d’une vigueur peu commune, et qui donnent d’abondants produits. — Les coteaux couverts de broussailles, ou plantés d’Opuntia Ficus-Indica, forment un saisissant contraste avec le reste de la vallée, où la végétation rappelle par son aspect celle de nos latitudes. — Le Nicotiana glauca, dont le tronc s’élève souvent à plusieurs mètres de hauteur, et l’Acacia Julibrissin sont plantés fréquemment dans le voisinage des habitations dont les jardins renferment à la fois la Vigne, le Mûrier, l’Olivier, le Figuier, l’Abricotier, le Poirier et le Cognassier. — Aux bords des chemins et sur les rives de la Zéramna, des bouquets d’Ulmus campestris, de Fraxinus australis à tronc souvent de plus de deux mètres de circonférence, et de magnifiques Populus alba offrent partout de frais ombrages. Le Laurier-Rose (Nerium Oleander) avec le Ricin (Ricinus communis) forment, fréquemment aux bords des ruisseaux d’épais buissons. — Près de la Zéramna, les terrains inondés l’hiver nous ont offert les : Ranunculus macrophyllus et procerus, Trifolium isthmocarpum, Orobus atropurpureus, Œnanthe silaifolia et anomala, Alopecurus bulbosus var. macrostachyus ; dans ces mêmes lieux M. Durieu de Maisonneuve a découvert l’Alternanthera denticulata, le Cyperus pygmæus et le Glinus lotoides.
En suivant le cours de la Zéramna, on arrive au confluent de cette rivière et du Safsaf (Rivière des Peupliers). De vastes pâturages s’étendent depuis les bords de ce dernier cours d’eau jusqu’à la base des coteaux qui limitent au nord la vallée de la Zéramna. Sur la rive droite du Safsaf et vers son embouchure, un bois formé exclusivement de Tamarix Africana, dont les troncs atteignent une hauteur de plusieurs mètres, ombragent des prairies marécageuses parcourues par des troupeaux de bœufs. La seule espèce digne d’être mentionnée que ces prairies nous aient offerte est le Kœleria hispida. En se rapprochant de la mer, on arrive à des dunes de sable mouvant, parsemées d’épais buissons de Juniperus Phœnicea, entre lesquels se rencontrent de larges et hautes touffes de Genista Numidica et de Retama Duriæi. Dans les sables des dunes croissent plusieurs espèces intéressantes : Ononis variegata, Medicago Helix, Arthrolobium durum, Armeria Mauritanica, Muscari maritimum, etc. — La pente sud des coteaux qui bordent la mer, depuis l’embouchure du Safsaf jusqu’à Philippeville, est couverte dans la partie encore inculte d’épaisses broussailles, où dominent les Erica arborea, Pistacia Lentiscus, Cistus Monspeliensis et salviæfolius, Myrtus communis, Calycotome spinosa, Lavandula Stœchas, Phillyrea latifolia, Daphne Gnidium ; l’Asphodelus ramosus y occupe également de larges espaces ; l’Ornithogalum Arabicum s’y rencontre avec l’Iris juncea. A la base de ces coteaux, dans les lieux frais et herbeux, croissent en grande abondance le Senecio delphinifolius et le Stachys marrubiifolia.
Liste des plantes les plus intéressantes recueillies aux environs de Philippeville[6].
- *Ranunculus macrophyllus Desf.
- — procerus Moris.
- Delphinium pentagynum Lmk.
- *Lepidium glastifolium Desf.
- Rapistrum Linnæanum Boiss. et Reut.
- Helianthemum halimifolium Pers. — (Choulette).
- *Silene hispida Desf.
- Rhodalsine procumbens J. Gay (Arenaria procumbens Vahl.).
- *Linum corymbiferum Desf.
- Malope stipulacea Cav.
- Lavatera Olbia L. var. hispida.
- Hypericum ciliatum Lmk.
- Retama Duriæi Spach.
- *Genista tricuspidata Desf.
- *— Numidica Spach.
- *— ulicina Spach.
- Ononis variegata L.
- *— monophylla Desf. — (Choulette).
- Medicago Helix Willd.
- — sphærocarpa Bert.
- — ciliaris Willd.
- — Echinus DC.
- Trifolium isthmocarpum Brot.
- *Lotus drepanocarpus DR.
- Tetragonolobus purpureus Mœnch.
- — biflorus Ser.
- Scorpiurus sulcata L.
- Arthrolobium durum DC.
- Hedysarum coronarium L.
- — capitatum Desf.
- Vicia calcarata Desf.
- — erviformis Boiss. (Ervum vicioides Desf.).
- — altissima Desf. — (Choulette).
- Orobus atropurpureus Desf.
- Cratægus Azarolus L.
- *Peplis biflora Salzm. — (DR.)
- Sedum heptapetalum Poir.
- Glinus lotoides L.
- *Pimpinella lutea Desf. — (Choulette).
- *Œnanthe anomala Coss. et DR.
- — silaifolia M. Bieb.
- *Daucus gracilis Steinh.
- — aureus Desf.
- Daucus crinitus Desf.
- *Elæoselinum meoides Koch (Laserpitium meoides Desf.).
- Magydaris tomentosa Koch.
- Galium ellipticum Presl.
- *— Tunetanum Lmk.
- Asperula lævigata L.
- Evax asterisciflora Pers.
- Lonas inodora Gærtn.
- Senecio delphinifolius Vahl.
- *Echinops spinosus L.
- Carlina gummifera Less.
- Centaurea Tagana Brot.
- — Nicæensis All.
- — sphærocephala L.
- — napifolia L.
- *Carduncellus multifidus (Carthamus multifidus Desf.).
- *Galactites mutabilis DR.
- Onopordon macracanthum Schousb.
- Cynara Cardunculus L.
- *Carduus Numidicus DR.
- Cirsium giganteum Spreng.
- Calendula suffruticosa Vahl.
- Anthemis maritima L. ?
- Ambrosia maritima L.
- Tolpis altissima Pers.
- Scorzonera undulata Vahl.
- Helminthia aculeata DC.
- Campanula dichotoma L.
- Fraxinus australis J. Gay (F. oxycarpa Willd.).
- Cerinthe major L.
- Celsia Cretica L. f.
- Linaria reflexa Desf.
- *— virgata Desf.
- — græca Chav.
- *Anarrhinum pedatum Desf.
- Antirrhinum tortuosum Bosc.
- Scrophularia sambucifolia L.
- Stachys hirta L.
- — marrubiifolia Viv.
- Cyclamen Neapolitanum Ten.
- Statice psiloclada Boiss. var. intermedia.
- *Armeria Mauritanica Wallr.
- Alternanthera denticulata R. Br. — (DR).
- Rumex thyrsoides Desf.
- Aristolochia longa L.
- Euphorbia ptericocca Brot.
- — cuneifolia Guss.
- Iris juncea Poir.
- Ornithogalum Arabicum L.
- Scilla Peruviana L.
- Muscari maritimum Desf.
- Anthericum bicolor Desf.
- Cyperus pygmæus Rottb. — (DR.).
- Alopecurus bulbosus L. var. macrostachyus (A. macrostachyus Poir.).
- Trisetum parviflorum Pers.
- Kœleria hispida DC.
- Festuca cærulescens Desf.
- — Ligustica Bert.
- Bromus alopecuroides Poir.
Une vaste pépinière, à un kilomètre environ au sud de la ville, a puissamment contribué par ses cultures, ses nombreuses distributions de graines et de jeunes arbres, aux progrès rapides de l’agriculture du pays. Une belle avenue de Platanes conduit au centre du jardin ; la plupart de ces arbres, plantés seulement en 1847 et 1848, sont déjà parvenus à une grande élévation, et leur tronc mesure généralement près de 80 centimètres de circonférence. — Parmi les plantations de ce riche établissement, on remarque des semis de Mûriers et des carrés de la plupart de nos espèces d’arbres fruitiers ; seul le Pêcher dépérit après peu d’années ; le Cerisier présente une vigoureuse végétation, et porte de très beaux fruits ; le Prunus Mirobolana donne des produits abondants ; l’Eriobotrya Japonica (Néflier-du-Japon) amène ses fruits à parfaite maturité ; le Cyprès et le Thuya, plantés en ligne, forment de magnifiques abris qui garantissent le Bananier des vents qu’il redoute et permettent à ses régimes d’atteindre leur complet développement. — En omettant de parler ici des arbres spontanés et très répandus dans le pays, tels que l’Orme, le Fraxinus australis, le Peuplier blanc, etc., qui constituent plusieurs carrés importants de la pépinière, nous devons mentionner, pour leur belle végétation, le Frêne commun, le Vernis-du-Japon, le Micocoulier, le Sycomore, le Saule blanc, le Gleditschia triacanthos et les Pins d’Alep, sylvestre et maritime ; et parmi les arbres d’agrément, le Sophora Japonica, le Catalpa, le Sterculia, doivent être particulièrement signalés ; ce dernier arbre a été récemment planté en quinconce vers la porte de la ville. — La pépinière ne présente qu’un trop petit nombre de Chênes et de Châtaigniers, pour qu’il soit possible d’en tirer quelques conclusions au point de vue des chances d’acclimatation de ces deux arbres. Le Tilleul jusqu’ici a été cultivé sans succès. — Il ne faut pas oublier le Nopal (Opuntia coccinellifera), dont la culture donne de légitimes espérances.
Pour compléter le tableau des principales cultures qui, avec les céréales, le Maïs, le Millet, et les plantes potagères de toutes sortes font la richesse du pays, nous devons signaler la Pomme-de-terre qui, dans des circonstances favorables, donne des produits abondants. L’acclimatation du Cotonnier est un fait acquis, au moins au point de vue scientifique. Nous avons vu des Maltais en semer les graines à la volée dans des champs imparfaitement préparés, et ils ne doutaient pas néanmoins du succès de la récolte ; car ce mode de culture, malgré son imperfection, donne souvent de bons résultats, à la condition seulement d’éclaircir le plant peu de temps après la levée du semis. — L’Arachide est souvent cultivée en grand pour l’importance de ses produits oléagineux.
Les cultures des villages européens, Vallée, Saint-Antoine, Damrémont et Saint-Charles, qui forment la banlieue de Philippeville, ne diffèrent pas sensiblement de celles des environs immédiats de la ville ; on y retrouve, en effet, de nombreuses plantations d’Olivier, de Mûrier, de Vigne, etc., et le Seigle, l’Orge, l’Avoine et le Tabac, y sont cultivés par les colons ; des prairies artificielles donnent d’abondants produits.