Pour ne rien omettre des ressources du pays, nous empruntons aux Annales de la colonisation algérienne l’indication des grands espaces boisés du territoire de Philippeville qui peuvent être le plus utilement exploités ; tels sont : à 2 kilomètres sud-ouest de la ville, les bois du Safsaf, d’une étendue d’environ 500 hectares, et dont les essences principales sont le Frêne (Fraxinus australis), l’Orme, le Chêne-vert et le Chêne-Liége ; à 5 kilomètres sud-ouest, les forêts, qui couvrent les montagnes limitant la vallée de la Zéramna, présentent un développement de près de 3000 hectares, et sont composées presque exclusivement de Chênes-Liége ; le bois de Stora, qui, comme nous l’avons dit, se continue avec les immenses forêts de la Kabylie, compte plus de 500 hectares de Chênes-Liége et d’Oliviers, qui, par la greffe, deviendraient pour les habitants une source précieuse de richesses ; la forêt d’Eghmen, à 10 kilomètres de la ville, est composée des mêmes essences, et occupe une étendue de plus de 200 hectares.

TRAJET DE PHILIPPEVILLE A CONSTANTINE.

La rapidité du trajet de Philippeville à Constantine ne nous a permis de noter que les faits les plus saillants présentés par la végétation spontanée et les cultures des points peu éloignés de la route. Sur les bords du chemin, à peu de distance de Philippeville, nous remarquons le Carduus Numidicus qui y croît en abondance. — C’est avec regret que nous avons dû renoncer à explorer les bois des environs de Saint-Antoine, composés surtout de Pistacia Lentiscus, Arbutus Unedo, Phillyrea latifolia, Cratægus Azarolus, Calycotome spinosa, Erica arborea, Myrtus communis, qui forment d’élégants massifs, entre lesquels nous avons aperçu les Centaurea Tagana et napifolia, Elæoselinum meoides, Lonas inodora, Pulicaria odora, Carduncellus multifidus. — Saint-Antoine, village à 7 kilomètres de Philippeville, bâti sur les coteaux de la vallée de la Zéramna, malgré toutes ses ressources agricoles et l’étendue de ses pâturages, ne présente cependant qu’une médiocre importance ; la salubrité du pays laisse encore à désirer, mais les travaux de défrichement, qui seront bientôt réalisés sur une plus grande échelle, assureront à cette localité de meilleures conditions de prospérité. — Gastonville, à 15 kilomètres de Saint-Antoine, est déjà un centre plus considérable de colonisation ; l’abondance des eaux, un bois d’Oliviers sauvages, la culture du Colon et du Tabac, promettent un riche avenir à cette belle localité. — Les environs d’El-Arrouch, dans la vallée de l’Oued Ensa, à 31 kilomètres de Philippeville, présentent de riches pâturages, de vastes terrains propres à la culture des céréales et des bois d’Oliviers dont les produits abondants sont déjà l’objet d’un commerce important. — La route, depuis El-Arrouch jusqu’à El-Kantour, est taillée sur la croupe d’une montagne élevée, dont les pentes, couvertes de riches pâturages, offrent en grande abondance l’Ononis rosea, le Salvia bicolor, l’Ampelodesmos tenax (Dis des Arabes), le Scilla maritima, le Cynara Cardunculus et l’Asphodelus ramosus dont l’industrie tire actuellement de l’alcool par la distillation des tubercules de la racine. — A El-Kantour, les quelques hectares de terrains déjà défrichés révèlent la fertilité du sol par la richesse de leurs produits. Le Carduus Numidicus croît en grande abondance dans les pâturages et les cultures de cette localité. — Jusqu’à Smendou, les cultures européennes tiennent bien moins de place que celles des Arabes au milieu des nombreux pâturages qui constituent déjà pour le pays une véritable richesse ; dans ces pâturages, nous voyons le Convolvulus tricolor et le Thymus Numidicus ; plus loin, sur les bords de la route, se retrouve le Carduus Numidicus avec le Notobasis Syriaca et un Centaurea à fleurs jaunes (probablement le C. Sicula). — Les jardins du Hammah, qui doivent leur nom à une source d’eau chaude et minérale qui les arrose, s’annoncent de loin par les magnifiques Dattiers qui n’en sont pas le moins bel ornement. Les Figuiers, la Vigne, d’antiques Pruniers (Reine-Claude) renommés pour l’excellence de leurs fruits, s’y mêlent aux Orangers, aux Grenadiers et aux Oliviers et composent des bosquets délicieux, qui, par leur végétation luxuriante, peuvent être mis en parallèle avec ceux de quelques vallées inférieures des montagnes de l’Aurès ; des Peupliers blancs et des Ormes se rencontrent également dans ces bosquets ; grâce à des travaux récents d’assainissement, les jardins du Hammah ont repris leur ancienne splendeur, — La beauté et l’étendue des cultures annoncent un peu plus loin les approches de la capitale de la province ; une suite presque non interrompue de plantations, où de magnifiques Oliviers, des Cerisiers, des Abricotiers et des Figuiers forment avec l’Orme, le Micocoulier, le Cyprès et le Pistacia Atlantica, d’épais ombrages, indique l’extrême richesse du sol. Le Dipsacus sylvestris croît partout aux bords de la route, et démontre par sa présence que l’espèce voisine, le Dipsacus fullonum (Chardon-à-foulon), pourrait y être cultivée avec succès, et fournir un nouvel élément à l’industrie européenne. — Par le pont d’Aumale construit sur le Rummel, dont les bords offrent de nombreux pieds arborescents de Ricin (Ricinus communis), on arrive au pied de la pente rapide qui contourne le rocher de Constantine. De là, on découvre toute la vallée du Rummel inférieur, dont les plantations et les cultures ne le cèdent en rien a celles du Hammah. Plus loin, au-dessous de l’admirable cascade à plusieurs étages que forme la chute du Rummel à l’extrémité du ravin de Constantine, d’anciens jardins arabes se révèlent par la présence d’Amandiers, de Figuiers, de Mûriers séculaires, avec lesquels le Caroubier (Ceratonia Siliqua) et les nombreux Lauriers-Rose qui croissent aux bords des eaux, constituent d’épais massifs de verdure. Jadis quelques moulins arabes, dont les murs humides offraient au botaniste une des Mousses les plus rares de l’Algérie, l’Entosthodon Duriæi Mont., utilisaient seuls une bien faible partie de l’immense force motrice, que l’abondance et la rapidité des eaux du Rummel ont mise à la disposition de l’homme dans ce lieu privilégié ; mais maintenant l’activité européenne a remplacé ces masures par un moulin, où toutes les règles de la science rigoureusement appliquées permettent d’obtenir avec le Blé dur une farine de qualité au moins égale à celle de nos Blés d’Europe les plus estimés. Le lit du Rummel est encaissé, au-dessus de la cascade, entre des rochers abruptes, élevés de plus de 100 mètres, et couverts d’Opuntia ; l’aspect sévère de ces rochers forme un saisissant contraste avec la fertilité de la vallée, et fait de ce site l’un des plus imposants de l’Algérie.

ENVIRONS DE CONSTANTINE.

Constantine, l’ancienne Cirta, à 83 kilomètres de Philippeville, à 656 mètres d’altitude, couronne l’immense massif de rochers calcaires que le Rummel (Ampsaga) contourne de son cours impétueux. — La profondeur du ravin du Rummel et les pentes abruptes des rochers qui l’encaissent ne permettent l’accès de la ville que par le pont romain d’El-Kantara, et par l’immense talus qui, au sud-ouest, se relie avec la montagne de Koudiat-Ali, prolongement de la chaîne du Chettabah. — L’importance de Constantine et l’aspect remarquable de cette ville sont trop généralement connus pour qu’il nous soit permis d’en parler ici. Par la variété de ses sites, la fertilité de son sol et l’abondance de ses eaux, le territoire de Constantine ouvre un vaste champ à la colonisation agricole. Nous avons déjà essayé de donner une idée de la richesse des jardins et des plantations de la vallée du Rummel inférieur, la vallée arrosée par le Rummel supérieur et son affluent le Bou-Merzoug (Père de la fécondité)[7], bien que la végétation y présente un caractère plus européen, n’offre pas au colon de moindres éléments de richesse pour les cultures industrielles et la production des céréales. Sur les pentes et les plateaux partiellement cultivés par les indigènes croissent en abondance l’Orge et le Blé, alors même que ces cultures ne peuvent être fertilisées par l’irrigation. — L’Opuntia Ficus-Indica, si abondant sur tous les rochers du ravin du Rummel, couvre également de larges espaces de la pente argileuse et rapide qui descend vers la vallée du haut Rummel. Des plantations récentes de Saules-pleureurs, de Peupliers (Populus pyramidalis et alba), d’Acacias, d’Azédarachs, d’Ormes, de Frênes, et des jardins où se trouvent réunis le Mûrier, l’Abricotier, l’Amandier et le Cerisier, longent la route qui conduit à la pépinière. — Ce bel établissement, qui a si puissamment contribué au boisement partiel de cette portion du pays, autrefois dépourvue d’arbres[8], est situé sur un des points les plus pittoresques de la vallée ; il est garanti, excepté à l’ouest, des vents, qui se font souvent sentir avec intensité dans cette région déjà élevée. — Parmi les arbres fruitiers qui réussissent parfaitement dans ce jardin, nous devons citer le Noyer, l’Amandier, l’Abricotier, le Cognassier, plusieurs variétés de Cerisier, de Poirier et de Pommier. Les froids assez intenses de l’hiver, car le thermomètre descend assez souvent jusqu’à - 5°, ne permettent pas de cultiver en grand l’Oranger, le Bigaradier et le Néflier-du-Japon, que nous avons vu présenter une si belle végétation dans les jardins de la vallée du Rummel inférieur. L’Olivier lui-même réclame beaucoup de soins pendant les premières années, mais il finit par croître avec vigueur. Le Pêcher ne réussit pas mieux qu’à Philippeville, et habituellement ne tarde pas à être attaqué par les pucerons. — L’une des principales richesses du jardin consiste dans les nombreux plants d’arbres forestiers, qui sont appelés à jouer un rôle important dans les cultures du pays. Nous devons mentionner pour leur beau développement le Frêne, l’Acacia, le Saule-pleureur, le Vernis-du-Japon, le Peuplier blanc, le Pin d’Alep, le Cyprès et le Thuia orientalis. Le Sycomore et l’Érable plane ne réussissent que dans les terrains sablonneux. Le Bouleau et le Platane demandent pour leur plantation des conditions particulières. L’Orme commun, les Peupliers suisse et d’Italie, après avoir présenté d’abord une belle végétation, ne tardent pas à être attaqués par des larves qui altèrent leur bois profondément ; l’Orme-d’Amérique est moins exposé à cette cause de dépérissement. Nos Chênes du nord ne croissent qu’avec une extrême difficulté, et de cinq mille Châtaigniers qui avaient été plantés, à peine en reste-t-il trois ou quatre à la pépinière. Le Mûrier pousse avec vigueur, et sa culture est appelée à prendre un grand développement. — Les essais tentés pour l’acclimatation des cotons Georgie-longue-soie et Louisiane ont donné dans ces deux dernières années des résultats assez satisfaisants. — Le Tabac ne demande, pour fournir d’abondants produits, qu’à être garanti contre l’influence des vents ; les abris sont facilement obtenus par des lignes de Cyprès, de Thuia, et même de Saule-pleureur ou d’Osier dans les endroits frais ; les Arundo Mauritanica et Donax ne sont pas moins avantageux pour former de puissants brise-vents, et contribuer à l’assainissement des terrains trop humides. — Le Nopal (Opuntia coccinellifera), malgré le froid de l’hiver, semble pouvoir être acclimaté utilement. — Le Pavot somnifère, cultivé en grand, outre les produits oléagineux, pourrait fournir l’Opium, si le mode d’extraction de cette substance était mieux connu. — La maladie de la Vigne et celle de la Pomme-de-terre ont sévi en 1850, mais ne semblent pas devoir donner de sérieuses inquiétudes. — Les jardins de la pépinière présentent, entre autres arbres d’agrément, le Melia Azedarach, déjà planté en abondance sur toutes les promenades des environs de la ville, le Broussonetia papyrifera, le Gleditschia triacanthos, l’Elæagnus angustifolia, le Robinia viscosa et l’Acacia Julibrissin ; ce dernier arbre, par une ramification prématurée, est privé ici du développement qu’il peut atteindre dans des conditions plus favorables. — Le Spartium junceum (Genêt-d’Espagne), en raison de sa rapide croissance et de la vigueur de sa végétation, peut facilement être utilisé pour former des clôtures de jardins et de vergers. — La magnifique haie d’Agave qui entoure la pépinière montre le parti que l’on peut tirer de cette plante pour en former des clôtures impénétrables, et retenir les terres sur les pentes rapides.

La principale herborisation que nous ayons faite aux environs de Constantine a été l’exploration de la montagne de Sidi-Mecid. Aux environs du pont d’El-Kantara se rencontrent surtout des espèces rudérales. Un peu plus haut, dans les rochers, M. Durieu de Maisonneuve a découvert l’Euphorbia calcarea, et recueilli le Daucus gracilis dans les terrains en friche. Les moissons qui couvrent la partie inférieure de la montagne nous ont offert un grand nombre d’espèces, dont nous donnons plus loin la liste. Au-dessus des cultures et dans les ravins schisteux se rencontrent le Convolvulus Sabatius, l’Hedysarum pallidum et l’Astragalus geniculatus ; les pâturages des parties incultes de la montagne, ou de celles qui n’ont pas été cultivées depuis plusieurs années, présentent un très grand nombre d’espèces dont nous donnons également la liste. Sur l’étroit plateau qui termine la montagne (790 mètres d’altitude) croît en assez grande abondance le Reseda Duriæana, que nous retrouverons fréquemment dans la région des hauts-plateaux, et nous y rencontrons quelques pieds du Rhamnus lycioides. La pente nord, presque partout taillée à pic, est composée d’immenses blocs de rochers, dans les fissures desquels croissent les Prunus prostrata, Brassica Gravinæ, Stachys circinnata, Erodium hymenodes, Athamanta Sicula, Silene velutina. — Près de la chute du Rummel, à la base de la montagne de Sidi-Mecid, des incrustations calcaires ont été déposées par des sources minérales chaudes ; cette partie des rochers présente de nombreuses touffes d’une nouvelle espèce du genre Fumaria (F. Numidica), bien distincte par la petitesse de ses fleurs du F. corymbosa, qui se plaît dans des localités analogues de la province d’Oran ; cette espèce, ainsi que l’Erodium hymenodes, se retrouve à l’entrée du ravin du Rummel avec le Brassica Gravinæ et le Prunus prostrata. — Les hauteurs du Mansourah, qui font face à la montagne de Sidi-Mecid, et que nous n’avons pu explorer que d’une manière imparfaite, ne nous ont guère offert que l’Onobrychis alba et le Reseda Duriæana. Dans les endroits frais de cette même montagne, M. Durieu de Maisonneuve a découvert le Juncus valvatus var. caricinus et le Juncus striatus var. macrocephalus ; ces deux plantes croissaient pêle-mêle dans cette station, comme nous les avons retrouvées depuis au pied des montagnes du Djurdjura ; dans les rochers se rencontrent le Campanula Numidica et le Linaria flexuosa.

Liste des plantes rudérales observées au voisinage de Constantine[9].
Liste des plantes observées dans les moissons du versant occidental de la montagne de Sidi-Mecid.