L’examen de la statistique botanique comparée de la région montagneuse démontre que cette région, tout en présentant d’étroites affinités avec les hauts-plateaux, en est suffisamment distincte par le nombre des espèces qui lui sont propres, et par la végétation forestière qui y est très largement représentée, tandis que les hauts-plateaux sont presque dépourvus d’arbres. — Le nombre des espèces européennes est plus considérable dans la région montagneuse que dans aucune des autres régions ; celui des espèces méditerranéennes y est au contraire relativement moindre. Les affinités avec le centre de l’Europe sont encore attestées par la prédominance du nombre des espèces vivaces sur celui des espèces annuelles. — Les influences qui se produisent selon la latitude sont démontrées par la présence de 46 espèces espagnoles, celle de 25 espèces orientales, et de 20 espèces qui se trouvent à la fois en Espagne et en Orient. — Les cultures de cette région prise dans son ensemble sont nécessairement celles de l’Europe centrale ; mais la région montagneuse inférieure, participant au caractère des régions voisines, présente au moins en partie les ressources agricoles de ces régions elles-mêmes.
RÉGION SAHARIENNE.
La région saharienne[43] est, comme nous l’avons déjà dit, limitée à El-Kantara de la manière la plus naturelle par la chaîne de montagnes qui s’étend de l’est à l’ouest comme une immense muraille, la sépare de la région des hauts-plateaux et n’en permet l’accès que par l’étroite brèche creusée par l’Oued El-Kantara. A peu de distance au-dessus du défilé dominent encore les plantes des hauts-plateaux et l’ensemble de la végétation présente l’aspect uniforme qui caractérise cette dernière région ; à l’autre extrémité du défilé s’étendent les plaines sahariennes, dont l’aridité forme un contraste saisissant avec la riche végétation de l’oasis. La magnificence des dattiers attire seule les regards et fait bientôt oublier la monotonie des hauts-plateaux que l’on vient de quitter. L’influence désertique se révèle immédiatement, et à El-Kantara, malgré l’altitude (534 mètres), se trouvent un grand nombre de plantes sahariennes. La moisson est déjà faite, alors que dans les plaines des hauts-plateaux les plus voisines, et situées presque à la même altitude, les céréales sont loin d’être arrivées à maturité. Plus à l’est, dans les vallées de l’Aurès qui débouchent dans le Sahara, la limite de la région est moins brusquement tranchée ; le vent du sud s’engouffrant dans ces vallées y exerce sa puissante influence qui n’est atténuée que d’une manière insensible par la distance et les contours des vallées elles-mêmes ; la végétation suit les mêmes dégradations et, sur des points déjà éloignés, existent des oasis et se retrouvent un grand nombre des plantes caractéristiques du Sahara.
Nous avons déjà indiqué plus haut la limite probable de la région saharienne au sud, mais le Sahara est trop imparfaitement connu pour que nous puissions rien préciser à cet égard. Nous ne pouvons pas davantage exposer les caractères physiques de la région ; les environs de Biskra constitués surtout par des plaines argilo-calcaires, généralement salées, où le sable n’est qu’un accident, situées au pied de montagnes élevées, possédant des cours d’eau relativement abondants et des sources assez nombreuses, sont évidemment loin de pouvoir représenter l’ensemble du Sahara, où la plupart des conditions sont toutes différentes. Aussi croyons-nous devoir renvoyer aux renseignements généraux donnés dans la relation de notre voyage, sur les environs de Biskra.
Nous n’énumérerons pas ici les espèces caractéristiques de la région, car il suffit de consulter la partie de notre travail qui concerne la région saharienne pour se faire une idée de la nature de la végétation et des ressources de la région au point de vue de la culture (voir spécialement la liste des plantes observées aux environs et au sud de Biskra, et nos Notes sur la culture du Dattier et les cultures des oasis des Ziban).
Le nombre total des espèces et des principales variétés est de 560. Sous le rapport de leur durée elles peuvent être partagées en deux groupes, le nombre des espèces annuelles ou bisannuelles étant environ de 322, et celui des espèces vivaces de 238. Parmi les espèces vivaces 70 environ sont frutescentes ou ligneuses ; la végétation arborescente spontanée, ainsi que nous l’avons dit dans la relation du voyage, n’est guère représentée que par les diverses espèces et variétés de Tamarix ; ces arbres peuvent atteindre d’assez grandes dimensions, et ils constituent à Saada une véritable forêt. Le Pistacia Atlantica, qui n’est pas rare dans la vallée de l’Oued Abdi, à la limite de la région saharienne et de la région montagneuse inférieure, n’existe pas aux environs de Biskra, quoique sur d’autres points du Sahara il forme de véritables massifs. Bien que le Dattier, l’arbre par excellence du désert, ait été évidemment introduit par l’homme dans la région saharienne, nous ne pouvons omettre de le mentionner ici. — Dans la relation de notre voyage nous nous sommes bornés à donner l’énumération des arbres introduits dans la région (consulter pour plus de détails nos Notes sur les cultures des oasis des Ziban).
Si l’on considère les plantes de la région saharienne au point de vue de leur classification en familles naturelles, on trouve que le nombre des Dicotylédones est de 467, et celui des Monocotylédones de 93. — Les familles principales, rangées d’après leur importance relative dans la région, donnent le tableau suivant :
| Espèces. | Espèces. | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Composées | 99 | 17 | Plantaginées | 9 |
| 2 | Graminées | 62 | 18 | Plumbaginées | 8 |
| 3 | Légumineuses | 53 | 19 | Polygonées | 8 |
| 4 | Crucifères | 48 | 20 | Résédacées | 7 |
| 5 | Salsolacées | 23 | 21 | Malvacées | 7 |
| 6 | Ombellifères | 19 | 22 | Rubiacées | 7 |
| 7 | Caryophyllées | 16 | 23 | Liliacées | 7 |
| 8 | Borraginées | 16 | 24 | Papavéracées | 6 |
| 9 | Paronychiées | 14 | 25 | Cistinées | 6 |
| 10 | Labiées | 13 | 26 | Orobanchées | 6 |
| 11 | Euphorbiacées | 12 | 27 | Zygophyllées | 5 |
| 12 | Renonculacées | 10 | 28 | Ficoïdées | 5 |
| 13 | Géraniacées | 10 | 29 | Frankéniacées | 4 |
| 14 | Scrophularinées | 10 | 30 | Solanées | 4 |
| 15 | Cypéracées | 10 | 31 | Urticées | 4 |
| 16 | Tamariscinées | 9 |
Sur les 560 espèces de la région, 4, en raison de leur patrie, n’ont pu figurer dans le tableau où nous avons groupé les principales affinités géographiques. Sur les 556 autres espèces, 440 n’ont pas été vues par nous dans la région littorale ; 441 n’ont pas été observées dans la région méditerranéenne intérieure ; 294 n’ont pas été rencontrées sur les hauts-plateaux, et 387 manquent dans la région montagneuse. Sur les 74 espèces spéciales, 45 sont propres à la région, 1 seulement lui est commune avec la région littorale, 5 seulement avec la région méditerranéenne intérieure, 26 avec la région des hauts-plateaux et 18 avec la région montagneuse.
Si l’on fait la somme des espèces appartenant aux diverses parties du bassin méditerranéen, on voit que cette somme est de 285 ; si l’on y ajoute les 99 espèces d’Europe, on obtient le total de 384, tandis que les autres éléments de la végétation sont représentés par 205.