Nous avons donné dans la relation du voyage assez de détails sur la composition des diverses forêts de la région montagneuse pour ne pas devoir y insister ici. — Le nombre des principales espèces arborescentes est de 15 environ ; ce sont, en les classant d’après leur ordre approximatif d’altitude : l’Olivier (Olea Europæa), le Micocoulier (Celtis australis), le Pistacia Atlantica, les Genévriers (Juniperus Phœnicea et Oxycedrus), le Pin d’Alep (Pinus Halepensis), l’Orme (Ulmus campestris), l’Amandier (Amygdalus communis), une espèce nouvelle de Frêne (Fraxinus dimorpha), les Chênes-verts (Quercus Ilex et var. Ballota), le Juniperus thurifera, le Houx (Ilex Aquifolium), l’Érable de Montpellier (Acer Monspessulanum), le Cèdre (Cedrus Libani var. Atlantica), et l’If (Taxus baccata). — A la zone inférieure appartiennent l’Olea europæa, le Celtis australis, le Pistacia Atlantica qui s’avance un peu au delà de la limite inférieure de la zone moyenne, et le Juniperus Phœnicea, que l’on retrouve également dans cette dernière zone. — A la zone moyenne appartiennent le Juniperus Oxycedrus et le Pinus Halepensis, qui peuvent exister également dans la zone inférieure, et exceptionnellement dans la zone supérieure ; l’Ulmus campestris, qui croît aussi dans les montagnes basses et les vallées du littoral ; l’Amygdalus communis, que dans la province de l’ouest nous avons observé à une altitude beaucoup plus faible ; le Fraxinus dimorpha, qui peut descendre jusque dans la région des hauts-plateaux, et qui empiète aussi quelquefois sur la zone supérieure, où il ne se présente plus que sous forme de buisson ; l’Acer Monspessulanum, qui croît également dans la zone supérieure, où, sur les hautes sommités, il est réduit à l’état de buisson rabougri ; et le Quercus Ilex, caractéristique de la zone dans la contrée que nous avons parcourue. — A la zone supérieure appartiennent le Juniperus thurifera, dont l’altitude nous paraît comprise entre 1,600 et 1,800 mètres ; le Taxus baccata, dont l’altitude inférieure nous a paru être de 1,800 mètres, et qui atteint la limite de la partie boisée ; et le Cedrus Libani var. Atlantica, qui caractérise essentiellement la zone. — L’Ilex Aquifolium que nous n’avons pas observé dans notre voyage, mais qui nous a été indiqué comme formant un bois d’une certaine étendue dans les montagnes au nord-ouest de Batna, paraît intermédiaire entre les zones moyenne et supérieure ; dans le Djurdjura nous l’avons trouvé en assez grande abondance à la limite des deux zones. — Le Pyrus longipes, qui n’est représenté que par un petit nombre d’individus dans les bois des environs de Batna, paraît devoir être rapporté à la zone moyenne. — Le Lonicera arborea, dont il n’a été observé qu’un seul pied au Djebel Tougour, s’y rencontre à une altitude d’environ 1,800 mètres. — Le Chêne-Zéan (Quercus Mirbeckii DR.) a été observé dans les montagnes de l’Aurès par M. le capitaine Payen, mais nous ne l’y avons pas rencontré ; il est commun, au contraire, dans le massif de l’Atlas près de Blidah, dans l’Ouarensenis, dans le Djurdjura et aux environs de Bône.
Le Cèdre (Cedrus Libani Barrel. ; Pinus Cedrus L.), qui, dans la province de Constantine, forme presque exclusivement la végétation forestière de la zone montagneuse supérieure, occupe une surface de plusieurs milliers d’hectares. Il existe également sur d’autres points de l’Algérie : on le rencontre dans la chaîne du Djurdjura, mais, dans ces montagnes plus abruptes, il n’y a que quelques pentes favorables à son développement ; une forêt de Cèdres d’une certaine étendue couvre la partie supérieure de la montagne d’Aïn-Telazit au-dessus de Blidah ; c’est surtout dans la magnifique forêt de Teniet-el-Haad que le Cèdre atteint les dimensions les plus considérables. — Cet arbre, qui, d’après les faits historiques, paraît avoir couvert les sommités du Liban, n’y est plus, au dire de tous les voyageurs, représenté que par un petit nombre d’individus de grande dimension, généralement mutilés et quelques centaines de jeunes pieds ; dans la chaîne du Taurus, il forme des massifs importants. Nous réunissons dans nos indications de géographie botanique le Cèdre d’Algérie et le Cèdre du Liban, que nous considérons comme appartenant à une même espèce. Le Cèdre d’Algérie (Cedrus Atlantica Manetti ; Pinus Atlantica Endl.) ne diffère, en effet, du Cèdre du Liban (Cedrus Libani Barrel., Loud. ; Pinus Cedrus L., Endl.) que par les feuilles ordinairement plus courtes. Quant à la forme et au volume des cônes, ils ne fournissent aucun caractère distinctif ; pour nous, le Cèdre d’Algérie ne serait donc qu’une variété du Cèdre du Liban, dont nous avons reçu des échantillons authentiques du Liban et du Taurus ; notre manière de voir est confirmée par l’opinion de MM. Antoine et Kotschy, qui rapportent également comme variété au Cèdre du Liban le Cèdre d’Algérie, nous avons vu des échantillons de cette variété recueillis dans le Taurus par MM. Kotschy et Balansa. — Le Cèdre d’Algérie se présente sous deux formes : l’une, la plus répandue, est caractérisée par des feuilles plus courtes, généralement arquées et presque conniventes, et surtout par leur teinte glauque-argentée (Cedrus argentea V. Renou Ann. forest. III, 2, pl. 2) ; l’autre, est caractérisée par les feuilles un peu plus longues, généralement droites, divergentes et vertes (Cedrus Libani V. Renou, loc. cit., pl. 1). L’étude des Cèdres dans les diverses forêts de l’Algérie nous a amené à ne considérer les C. Libani et argentea V. Renou, que comme des modifications ou sous-variétés dues à des circonstances locales : en effet, généralement, les jeunes arbres et les individus abrités offrent des feuilles vertes et droites, tandis qu’elles sont au contraire glauques et conniventes chez les arbres adultes et exposés à l’influence des vents et de la chaleur ; nous devons ajouter que quelquefois nous avons trouvé les deux sortes de feuilles réunies sur un même pied. Sous l’influence des conditions locales que nous venons de signaler, le Cèdre se présente sous deux aspects très différents : pendant sa jeunesse ou dans les ravins, il affecte souvent la forme pyramidale, tandis que sur les versants il se couronne plus communément, et s’étale en parasol. Le Pinus Halepensis, qui s’est également offert à nous sous ces deux états, démontre encore le peu d’importance qu’il faut y attacher.
Dans la relation de notre voyage, nous avons donné sur la composition des broussailles et des pâturages, ainsi que sur les cultures de la région, des détails qui nous dispensent d’y revenir ici.
Nous n’indiquerons pas les espèces caractéristiques de la région, car il suffit de consulter nos notes sur les montagnes de Batna, de Lambèse, de la vallée de l’Oued Abdi, et en particulier sur les Djebel Tougour, Itche-Ali, Mahmel et Cheliah, qui ont été étudiés d’une manière spéciale, pour se faire une idée de la nature de la végétation et des ressources forestières et agricoles de la région (voir spécialement les listes des plantes observées dans les bois de Lambèse, aux Djebel Tougour, Mahmel et Cheliah).
Le nombre total des espèces et des principales variétés est de 674.
Sous le rapport de leur durée, elles peuvent être partagées en deux groupes, dont l’inégalité est en sens inverse de celle qui se présente dans les autres régions ; en effet, le nombre des espèces annuelles ou bisannuelles n’est que de 238, tandis que celui des espèces vivaces est au contraire de 436. — Parmi les espèces vivaces, 85 sont frutescentes ou ligneuses ; le nombre des espèces réellement arborescentes est de 17 ; les détails que nous avons donnés plus haut sur leur distribution dans la région où les forêts tiennent une si large place nous dispensent d’en répéter ici l’énumération. — La relation de notre voyage fournit des renseignements suffisants sur les arbres introduits dans la région (voir la partie de cette relation concernant les jardins et les vergers de la partie inférieure de l’Oued Abdi et les cultures des environs de Batna et de Lambèse).
Si l’on considère les plantes de la région montagneuse au point de vue de leur classification en familles naturelles, on trouve que le nombre des Dicotylédones est de 569, et celui des Monocotylédones de 105. — Les familles principales rangées d’après leur importance relative dans la région, donnent le tableau suivant :
| Espèces. | Espèces. | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Composées | 98 | 18 | Conifères | 8 |
| 2 | Légumineuses | 68 | 19 | Valérianées | 7 |
| 3 | Graminées | 64 | 20 | Cypéracées | 7 |
| 4 | Crucifères | 46 | 21 | Fumariacées | 6 |
| 5 | Ombellifères | 37 | 22 | Rhamnées | 6 |
| 6 | Labiées | 31 | 23 | Papavéracées | 5 |
| 7 | Rosacées | 26 | 24 | Campanulacées | 5 |
| 8 | Caryophyllées | 23 | 25 | Primulacées | 5 |
| 9 | Scrophularinées | 22 | 26 | Plantaginées | 5 |
| 10 | Rubiacées | 19 | 27 | Polygonées | 5 |
| 11 | Renonculacées | 16 | 28 | Daphnoïdées | 5 |
| 12 | Borraginées | 14 | 29 | Orchidées | 5 |
| 13 | Liliacées | 14 | 30 | Dipsacées | 4 |
| 14 | Paronychiées | 13 | 31 | Convolvulacées | 4 |
| 15 | Cistinées | 12 | 32 | Salsolacées | 4 |
| 16 | Géraniacées | 10 | 33 | Joncées | 4 |
| 17 | Crassulacées | 8 |
Sur les 674 espèces de la région, 533 n’ont pas été vues par nous dans la région littorale, 492 n’ont pas été observées dans la région méditerranéenne intérieure, 320 n’ont pas été rencontrées sur les hauts-plateaux. — Sur les 85 espèces spéciales, 36 sont propres à la région, 4 seulement lui sont communes avec la région littorale, 16 avec la région méditerranéenne intérieure, et 41 avec la région des hauts-plateaux.
Si l’on fait la somme des espèces appartenant aux diverses parties du bassin méditerranéen, on voit que cette somme est de 329 ; si l’on y ajoute les 228 espèces d’Europe, on obtient le total de 557, tandis que les autres éléments de la végétation sont représentes par 117.