Le plateau d’Aïn-Bey se continue avec la vaste plaine qui conduit au caravansérail de Mélila (environ 840 mètres d’altitude) ; cette plaine uniforme est bornée par deux chaînes de montagnes nues, dépourvues de bois, et presque parallèles ; les Djebel Bou-Kameroun et Guerioun sont les points les plus élevés de la chaîne orientale ; les montagnes qui limitent la plaine à l’ouest se relient au Djebel Nifenser. Le Cynara Cardunculus (Khorchef), très répandu dans cette partie du pays, indique la profondeur du sol ; l’Othonna cheirifolia y est d’une extrême abondance ; le Phalaris truncata croît dans toutes les moissons. — Les parties fraîches ou arrosées de cette vaste plaine entièrement dépourvue de broussailles et de toute végétation arborescente ont été ensemencées de Blé et d’Orge par les indigènes. Les prés salés qui bordent les marais et le petit lac des environs de Mélila nourrissent de nombreux troupeaux ; nous y rencontrons en grande abondance une espèce nouvelle, le Carduncellus rhaponticoides, qui avait été découvert par M. le docteur Guyon en 1847. Çà et là l’extrême vulgarité des Salsolacées frutescentes, l’Atriplex Halimus et le Salsola vermiculata, révèle la présence du sel dont le sol est imprégné. Plus loin, les pentes rocheuses du Djebel Nifenser (Bec de vautour) offrent des touffes espacées du Deverra scoparia dépourvues de fleurs et de fruits ; vers les sommités de la montagne apparaissent quelques arbres rabougris (Pistacia Atlantica). Des pâturages ras et pierreux, qui occupent la plus grande partie de la plaine jusqu’au Chott Mzouri, présentent en grande abondance l’Artemisia Herba-alba, le Santolina squarrosa et l’Asphodelus fistulosus.

Liste des plantes observées dans les pâturages des environs de Mélila[11].

Le sol, plus fertile aux environs du chott, est cultivé par les indigènes, et la belle végétation des céréales indique sa richesse. Dans ces moissons nous remarquons une espèce nouvelle d’un genre qui n’avait encore été observé que dans les provinces caucasiennes, en Espagne et dans l’ouest de l’Algérie, le Hohenackeria polyodon que nous retrouverons dans tous les terrains meubles et riches des hauts plateaux. — La route qui conduit à Aïn-Yagout suit la chaussée naturelle (860 mètres d’altitude) qui sépare les chotts Tinsilt (mâle) et Mzouri (femelle) ; ces lacs salés, qui, à l’étendue près, rappellent les immenses Sebka de la province d’Oran, nous présentent quelques-unes des espèces que nous avions observées, dans un autre voyage, sur les bords du Chott El-Chergui. Ainsi nous y retrouvons le Tamarix bounopœa et l’Halocnemum strobilaceum, dont les touffes espacées sont enfouies dans la vase. Sur la zone vaseuse déjà desséchée depuis longtemps, nous recueillons le Kœlpinia linearis, et cette station de la plante est probablement la plus septentrionale dans la province de Constantine. — Les eaux, en partie déjà évaporées (17 mai), n’occupent plus que le centre de ces lacs, qu’un mois plus tard, à notre retour (18 juin), nous trouverons complétement à sec et recouverts d’une couche de sel épaisse et miroitante.

Liste des plantes observées aux environs du Chott Mzouri.

Aïn-Yagout, situé à peu de distance au sud de ces lacs, vers le sommet des pentes rocheuses qui dominent la vallée d’Oum-el-Asnam, à 880 mètres d’altitude, ne consiste encore qu’en un caravansérail, bâti en 1852, qui constitue la principale station entre Constantine et Batna. Les eaux pures et douces d’une source très abondante y sont recueillies dans une fontaine récemment construite, et, en s’échappant par plusieurs orifices, donnent naissance à un cours d’eau assez considérable qui permettrait d’établir sur ce point un centre important de colonisation agricole. Les pentes arides et rocailleuses qui longent la route conduisant à la vallée d’Oum-el-Asnam sont parsemées de nombreuses touffes de Genista microcephala, Anthyllis Numidica, Retama sphærocarpa, Globularia Alypum, Lygeum Spartum.

Liste des plantes observées sur les pentes rocailleuses d’Aïn-Yagout.

La plaine d’Oum-el-Asnam, fermée à l’est par un vaste hémicycle de montagnes rocailleuses et élevées, présente quelques champs d’Orge et de Blé qui sont loin (18 mai) d’être arrivés à leur maturité. Dans quelques parties moins fertiles de la plaine, la présence du sel est révélée par l’abondance des Salsolacées ligneuses.