Le monisme logique identifie les réalités dont la simple addition ne suffirait point à cette tâche. Le terme de pluralisme nous sert de signe abstrait pour exprimer la multitude des variétés concrètes, et de symbole indirect pour marquer le genre suprême qui les enclôt toutes. Le terme de monisme remplit un office sensiblement pareil. Il symbolise le genre ultime qui embrasse toutes les différences, il s'offre comme le signe abstrait désignant d'une façon indirecte la même somme éparse de réalités distinctes. Mais, s'il en est ainsi, si P = R, et M = R, il semble certain que P = M. Nous nous trouvons en face d'un seul et même fait, envisagé par nous, successivement ou alternativement, de deux manières qui nous paraissent, de prime abord, différentes. Plus tard, et peu à peu, nous soupçonnons la vérité, nous commençons à entrevoir que l'univers est, successivement ou alternativement, figuré par nous à l'aide de deux genres synonymiques au lieu d'un seul. Nous nous rendons compte en même temps des routines mentales, des habitudes de l'esprit qui nous conduisent à opposer entre eux ces genres comme des contraires absolus, nous incitant par là à créer des antinomies insolubles.

Le monisme ne peut être que rationnel, il ne peut se rapporter qu'à l'existence abstraite. Le pluralisme, en revanche, est empirique par définition, il ne peut concerner que l'existence concrète. Mais l'antinomie entre l'«abstrait» et le «concret», qui ici semble se substituer à l'opposition de l'«un» au «multiple», subit à son tour, lorsqu'elle se généralise ou s'universalise, l'action de la loi logique à laquelle nous donnâmes le nom de loi d'identité des contraires. L'idée générale du concret ne renferme qu'une négation apparente et stérile de l'idée générale de l'abstrait. Des oppositions fécondes en résultats ne se peuvent manifester qu'entre les nombreuses idées particulières qui se rangent sous l'une ou l'autre de ces deux rubriques. De tels contrastes marquent l'existence d'un genre abstrait supérieur auquel ils se laissent ramener. Tous aboutissent fatalement au monisme logique. L'identité du «concret» et de l'«abstrait», posée en termes ultra-généraux ou universels, est donc loin de constituer une équation fausse, de se présenter comme une véritable confusion d'idées, ainsi que pensait et devait le croire Comte. Car, dans cette question de l'unité réelle ou scientifique de nos connaissances, il avait spontanément déserté le point de vue de la théorie pure, il s'était livré à la séduction des idées pratiques.

Notes:

[19] Cours, vol. VI, p. 816.

[20] Ibid. p. 817 et suiv.

[21] Ibid., p. 834.

[22] Ibid., p. 835.

[23] Ibid., p. 836.

[24] Ibid., p. 837.

[25] Cours, tome VI, leçon lx, p. 842.