- Qu'est-ce que tu fais?

- Je suis médecin, répondit-il. Nous autres, au sortir de la Faculté, ce n'est pas comme vous après l'Ecole de Droit, qui devenez juges, financiers, huissiers ou ministres. Nous n'avons pas le choix. Je me suis installé dans le troisième, rue Béranger. Ça ne te dit rien, n'est-ce pas.

- Non, fis-je, je ne vois pas bien, en effet.

- C'est près de la place de la République, reprit-il, derrière le Théâtre Déjazet. Mes affaires ne vont pas mal. Mon Dieu, c'est une clientèle un peu spéciale, différente de celle qui habite au Bois de Boulogne; celle-là est réservée aux patrons. Je me suis fait à la mienne, que veux-tu, je n'ai plus d'ambition.

-Mais je croyais, dis-je, qu'après ton internat, tu préparais justement les hôpitaux.

- Moi aussi, fit-il, je l'ai cru longtemps. Seulement il faut avoir le temps et les moyens de se préparer et d'attendre... Je me suis marié très jeune, et cela change. Tu ne savais pas que j'étais marié?

Je fis signe que non.

- Tu as connu ma femme autrefois... c'est elle que je viens chercher au train. Elle me ramène mon fils qui était à Dijon, auprès de mon beau-père. Je leur ai acheté une petite bicoque, par là-bas, c'est leur pays.

Il parlait sur un ton posé et calme, cependant on aurait dit qu'il avait des larmes dans la gorge et cette impression m'empêchait encore d'intervenir.

Il reprit: