L'idée avait décidément frappé le malade, la jeune femme s'en aperçut. Peut-être parce qu'elle était lasse de lire ou bien parce qu'elle ne voulait pas distraire Boum de sa distraction, elle répondit:

- Oui, c'est moins mal.

Il semblait, en effet, que le petit masque douloureux avait trouvé quelque détente dans quelque imaginaire vision.

Le soir, après le dîner familial, le père et la mère étaient, comme à l'habitude, assis chacun d'un côté du lit. Boum posa quelques questions, toujours à propos de la lecture de l'après-midi. Il avait oublié l'histoire, mais il voulait savoir: le duel, s'il y en a encore maintenant, comment on se bat, avec quelles armes, si c'est mal, ou seulement un peu mal...

Pour la première fois, depuis longtemps, le père riait un peu dans sa moustache très brune; il donnait tous les développements désirés et déclarait en principe:

-... Que le duel c'était très bien, à condition de se battre pour des motifs graves, des choses qui en valent la peine,... pas pour la galerie ou pour faire parler de soi, mais simplement, courageusement, loyalement...

Boum n'y était pas encore; pauvre petit, il tenait encore à la vie.

- Est-ce que on peut mettre une cuirasse, demandait-il?

- Oh oui, disait le père, après une petite hésitation, si l'on est d'accord et que votre adversaire en porte une. Mais ça n'est pas l'usage...

- Ah! faisait Boum, intéressé.