Très lentement, il sentit lui-même ses progrès. Il se fatiguait moins maintenant sur cette planche où il se tenait mieux, assis sur les jarrets, sans perdre ce que le prévôt facétieux ne se laissait pas d'appeler: "les petits équilibres".
Mettant à part l'escrime, la salle ne l'intéressait pas. De rares clients venaient à son heure et cependant, il y avait dans ces murs comme un air de susceptibilités factices et de points d'honneur idiots se fondant dans l'acre odeur de la sciure et des transpirations, qui l'écoeurait. Boum avait son idée, il était venu dans un but très précis. Sa bonté profonde s'alarmait à la pensée de querelles cherchées, que sa mentalité sérieuse lui faisait trouver inutiles. Aussi à part les indispensables formules de politesse, il parlait peu. Pendant les poses, il s'asseyait à l'écart sur la banquette de velours rouge, et continuait à s'instruire en regardant.
Cependant, il s'était fait un ami. C'était un monsieur grisonnant, légèrement bedonnant, avec des yeux rieurs et un très bon sourire. En le montrant, le prévôt avait dit à Boum:
- C'est Laferrière, vous savez celui qui fait des pièces, un rigolo.
Avec plus de cérémonie, le maître avait, selon l'usage, présenté son jeune élève:
-... A Monsieur le Comte de Laferrière, de l'Académie Française.
Boum avait tendu sa petite main.
Un jour, entre deux reprises, le Monsieur lui avait demandé:
- Eh bien, que pensez-vous de l'art noble des armes?
Boum avait répondu: