- C'est difficile.

- Comme tous les arts, répliqua le Monsieur; il n'y a que la critique qui soit aisée. Vous ne voulez pas devenir critique, j'espère, comme M. Doumic?

- Je voudrais savoir faire des armes, fit Boum, qui n'avait pas bien saisi.

- Officier ou maître d'armes, interrogea encore le Monsieur.

- Ni l'un ni l'autre, fit Boum dans un rire, comme quelqu'un qui trouve ces deux perspectives folles et extravagantes.

- Que voulez-vous être alors?

- Je veux être comme mon papa; je veux me marier, mais avant je veux savoir faire des armes.

Peut-être cette réponse aurait-elle laissé indifférent plus d'un habitué de la salle; la plupart n'aurait pas, sans doute, été frappé par l'apparente incohérence de ces deux volontés. Chez Laferrière, l'habitude tenace de regarder les hommes le fit s'arrêter.

- C'est étrange, dit-il, comme ailleurs pour ne pas attirer l'attention du petit qu'il savait fort bien ne pas devoir parler cette fois sur un aussi grave sujet, et il ajouta: Nos goûts ne sont pas tout à fait pareils. Comme vous, je veux faire des armes, mais je n'ai pas du tout envie de me marier... parce que je suis marié, comprenez-vous.

Boum sourit. De cette conversation commença leur sympathie. Par la suite, Laferrière, rassasié, relativement jeune, de toutes les joies et de tous les honneurs, trouvait une douceur particulière à retrouver, chaque matin, le petit coeur honnête et frais dans lequel il sentait le mystère. Boum avait retrouvé en lui une camaraderie qu'il n'avait jamais connue chez Line: son nouvel ami l'écoutait sérieusement. Cela ne les empêchait pas d'ailleurs de rire souvent ensemble, au contraire; l'académicien savait des histoires impayables que le prévôt, en s'appuyant sur la courbe de son épée, écoutait la bouche ouverte.