Leurs natures se ressemblaient par plus d'un point; ils étaient tous deux curieux et adaptables, naïfs sans être bêtes et d'une générosité spéciale qui voulait le bien de tous les êtres y compris pour chacun d'eux celui de sa petite personne. Aussi se comprenaient-ils à merveille. Boum sentait les jours où son ami n'était pas en train et les jours où il était en veine d'expansion. Laferrière avait saisi une fois pour toutes que l'enfant n'aimait pas être traité en bébé; son degré de développement, pensait-il, valait bien celui d'adultes qui ne se développeraient plus.

Et puis, pour les raisons différentes, les gens de la salle les ennuyaient tous deux. Boum, parce qu'il était le seul enfant, se sentait un peu perdu; son ami, au contraire, connaissait trop de mentalités toujours pareilles à cette collection d'oisifs croyant être le monde et dont la suppression radicale, en un jour, n'aurait pas eu la moindre répercussion. Ils se lièrent rapidement. Quelquefois, ils sortaient ensemble. Par les belles journées, Laferrière allait volontiers jusqu'au Bois accompagner Boum; ils causaient tout le long du chemin, des sujets les plus divers.

Ils saluaient une masse de gens. On plaisantait le grand homme sur son petit ami.

- Mais c'est un fils donné par la nature, avait dit un Monsieur qui marchait au côté d'une jolie blonde.

- C'est idiot, avait répliqué Laferrière, puisque c'est un frère aîné.

Cette façon de présenter Boum comme un petit sage auquel on demande des avis n'était pas qu'une simple plaisanterie. En réalité l'auteur parisien était un grand enfant. Les bonheurs de l'existence l'avaient conservé jeune; il était réservé.

Laferrière s'était tellement mis à sa portée, qu'il finissait par le prendre au sérieux, solliciter ses conseils, et lui faire même des confidences que beaucoup auraient trouvé anachroniques et prématurées.

Boum gardait à la maison un complet silence sur ces affaires de son ami qu'il estimait être d'un ordre et d'une nature non susceptibles d'être saisis par ses parents. En particulier, il était souvent question dans ces confidences d'une grande passion de l'auteur pour une certaine dame qui jouait ses pièces et dont il vantait, sans cesse, les perfections. Il l'appelait: Dora.

Un jour, -- ils étaient déjà de vieux amis -- au sortir de la salle, comme il pleuvait, Laferrière proposa d'emmener Boum dans son automobile. En chemin, il lui dit:

- Si nous allions chez Dora?