Boum, sans savoir pourquoi, hésita le quart d'une seconde, puis accepta.

L'auto obliqua, gagna les quais, et s'arrêta familièrement devant un grand immeuble de la rive gauche, près du pont de l'Alma.

Au sortir de l'ascenseur, au troisième, Laferrière ouvrit la porte d'entrée avec une petite clef qu'il sortit de sa poche.

- Comment, c'est toi chéri, fit une voix très douce.

- C'est nous, répondit l'ami de Boum.

Cette réponse excita sans doute la curiosité de la maîtresse de céans, elle sortit à leur rencontre précipitamment. Elle avait dû entendre parler de Boum, parce que tout de suite, sans présentation, elle l'accueillit gentiment dans un bon rire:

- C'est gentil, Monsieur Boum de venir me voir.

Boum, en petit garçon bien élevé, s'inclina et baisa la main qu'elle lui tendit, selon les formes les plus respectueuses.

Quand ils se furent installés dans le petit salon où elle les avait introduits et dont l'unique large baie donnait sur le fleuve, il la vit à moitié étendue sur un sofa assez bas, que recouvrait en partie, sur un tapis sombre, une fourrure blanche très souple et deux gros coussins vert-bleu. En vérité, elle était jolie, ses cheveux lui faisaient comme un bonnet de moire brune et tout le temps ses dents éblouissantes riaient d'un rire perlé spécial qui paraissait toujours partir d'une scène. Elle faisait une masse de frais à Boum, à la fois amusée, flattée et un peu gênée par la présence insolite d'un enfant.

Boum répondait poliment à toutes les questions. Toujours très sobre de détails sur ses propres affaires, il écoutait tranquillement tant qu'il était question de lui, en posant simplement sur celui des deux qui parlait le regard franc de ses grands yeux intelligents et nullement étonnés.