Il faut noter pourtant qu’on emploie encore pour écraser les noyaux de dattes (car on ne laisse rien perdre), un petit disque en pierre, de la grosseur du poing, creusé au centre de chacune de ses faces planes d’une petite cavité. Encore est-il que cet instrument semble devenir de jour en jour plus désuet, car en ayant trouvé un dans les ruines de Mzaourou j’ai eu toutes les peines du monde à m’en faire indiquer l’usage. Il me paraît évident que ce disque à écraser les noyaux de dattes est le dernier représentant des rouleaux écraseurs.

Au sud des oasis la meule algérienne disparaît, au moins dans le Sahara central, car, par l’intermédiaire de la Maurétanie elle a atteint Tombouctou.

Les Touaregs de l’Aïr font usage du rouleau écraseur, les affirmations de MM. Foureau et Chudeau, confirmées par une photographie très nette de M. Foureau ne laissent pas de doute à ce sujet.

Il est certain aussi, que le rouleau écraseur est actuellement en usage, sinon dans tout le Soudan du moins au Mossi[106].

Il faut noter pourtant que, dans l’Aïr à coup sûr, et peut-être aussi dans le Mossi, le grain est d’abord concassé, le plus gros de la besogne est fait dans un mortier en bois, avec un pilon en bois (du type si commun dans toute l’Afrique nègre). C’est ensuite seulement que le résidu de cette première trituration est versé dans des augets où les femmes achèvent de le réduire en farine avec les rouleaux écraseurs.

Or on a vu que, au nombre des échantillons recueillis au Tanezrouft se trouve un véritable pilon en pierre, un outil de percussion qui n’a pas pu être employé comme rouleau. Il nous reporte à une période aujourd’hui close, où tout le matériel à moudre était lithique, depuis le pilon jusqu’au rouleau.

Il est évident aussi que dans ce domaine très étendu, où se rencontre épars sur le sol le matériel à moudre néolithique, les régions où il est resté en usage sont d’étendue insignifiante. Sur les bords du Niger par exemple, il me semble bien que son usage a presque tout à fait disparu. A Tombouctou on m’a bien montré deux pierres plates, qu’on frotte l’une contre l’autre et qui servent à parachever la fabrication de la farine, mais elles sont frustes, à peu près telles que la nature les a faites, un accessoire domestique sans importance, bien éloignées du fini et de l’élégance des rouleaux et des augets qu’on trouve dans la brousse.

On a dit que les rouleaux et les augets se retrouvaient aujourd’hui dans les cimetières ; j’ai rapporté une meule dormante brisée, qui porte une inscription arabe funéraire. M. Desplagnes en a publié une fort belle[107].

Si les rouleaux à moudre et les augets n’étaient tombés en désuétude on s’expliquerait difficilement leur accumulation sur les tombes en grandes quantités ; non seulement ces beaux outils intacts, finement travaillés, auraient trop de valeur pour être ainsi abandonnés si on en avait l’emploi, mais encore leur association sur les tombeaux avec des haches néolithiques suggère l’idée d’une sorte de vénération religieuse, s’attachant à des restes un peu mystérieux du passé. Au reste j’ai recueilli une petite légende touareg qui confirme cette manière de voir. Au puits de Meniet (sud du Mouidir) mourut la chamelle d’Élias (personnage du folklore touareg) ; de ce point précis Elias lança sa sagaie qui tomba à dix kilomètres de là ; au point où elle est tombée, à côté d’un redjem on voit des pilons en pierre. Ainsi les pilons en pierre sont associés à la sagaie d’Elias, ce serait faire beaucoup d’honneur à un ustensile actuel de ménage parfaitement identifié.

En résumé l’usage du matériel à moudre néolithique a partiellement disparu, mais il s’est maintenu partiellement, et nous saisissons ici sur le fait combien toute cette zone est encore incomplètement dégagée du néolithisme.