Aussi bien il n’est pas difficile d’en donner d’autres preuves.

La hache touareg est en fer, mais à emmanchure néolithique.

On sait que les Touaregs et les Nigériens portent au-dessus du coude un bracelet de pierre (l’abedj). C’est un produit de l’industrie locale, j’ai trouvé dans les hauts de l’O. Taoundrart (Adr’ar des Ifor’ass) sur un affleurement de chloritoschistes un atelier d’abedj. Ainsi les Touaregs ont conservé la tradition du travail de la pierre.

Conclusion. — Il paraît évident que dans toute la Berbérie l’usage des outils et des armes en pierre s’est maintenu jusqu’à une époque récente. Dans les tombeaux on trouve le cuivre et le bronze toujours mélangés avec le fer ; pas trace d’époques indépendantes du cuivre et du bronze ; des silex taillés en petit nombre ont été trouvés dans des tombeaux qui contenaient aussi des objets en fer. Tout indique que le néolithisme rejoint ici l’âge du fer.

D’autre part, il n’y a aucune raison d’admettre que l’introduction du fer ait eu lieu ici de meilleure heure qu’en Europe. Au contraire, on trouve des stations de silex taillés dans des ruines historiquement datées comme celles de Mzaourou. Des dessins rupestres libyco-berbères, datés eux aussi par les animaux d’introduction récente qu’ils représentent (chameaux), n’ont pu être gravés qu’avec un outil néolithique. Tous ces vestiges du passé, outils néolithiques (les pilons à tout le moins), gravures, redjems sont rattachés par les Touaregs à des personnages mythiques, Elias et Amamellé, au sujet desquels le folklore fourmille d’anecdotes. Chez les Berbères d’Algérie, a fortiori chez ceux du Sahara, encore plus illettrés, l’histoire a vite fait de dégénérer en mythe. Pour que les souvenirs rattachés à Elias et Amamellé soient restés aussi vivants il faut qu’ils ne remontent pas à une époque reculée.

Au reste ce sont là les conclusions auxquelles on s’arrête généralement, ce sont celles de Foureau.

On peut affirmer encore que le néolithisme descend à une époque d’autant plus rapprochée de nous qu’on s’enfonce davantage dans l’intérieur du continent ; comme en témoigne non seulement l’emmanchure néolithique des haches touaregs et soudanaises, et l’usage de l’abedj, mais encore le fini des dessins rupestres sahariens représentant le chameau, ou encore la beauté des pointes d’Ouargla.

Nous sommes en état, semble-t-il, de distinguer des provinces. Celle du nord-ouest (Zousfana) est la moins intéressante, en ce sens du moins qu’elle est un simple prolongement de l’algérien néolithique. Mais les deux autres sont bien individualisées, aussi bien vis-à-vis de l’Algérie qu’entre elles.

Elles sont on ne peut plus distinctes ; d’une part, dans l’erg oriental entre Ouargla et Radamès, énorme prédominance des flèches en silex ; — de l’autre, dans tout le Sahara central, prédominance non moins énorme des haches en roches cristallines.

Cette province Saharienne centrale semble un simple prolongement de la Soudanaise, telle que je l’ai entrevue et que M. Desplagnes l’a étudiée. Je ne saurais pas assurément où fixer une limite entre les deux et sur quels arguments baser une distinction. Notons même que les flèches nigériennes assez rares trouvées par M. Desplagnes sont exactement du type d’Ouargla[108]