Les habitants de Béchar et d’Ouakda sont presque tous des khammès (métayers, il serait plus juste peut-être de dire des serfs).
Comme partout au Sahara la prééminence sociale appartient aux nomades, qui sont ici les Ouled Djerir[129].
Ils sont 5000 d’après le lieutenant Cavard, avec 600 tentes, et ils pourraient mettre en ligne 1100 fantassins et 80 cavaliers.
Ils ont des terrains de culture dans l’O. Namous (Oglat Djedida) et dans l’O. Zousfana (el Morra). Ils ont des droits de propriété à Bou Yala, Tebouda, Fendi. Ils ensilotent à Béchar et à Ouakda, où ils sont propriétaires d’une grande partie des palmiers, et dont ils sont en somme les suzerains.
Maigre suzeraineté d’ailleurs, car il est notoire que les Ouled Djerir sont pauvres ; ils n’ont pas assez d’orge ni de dattes pour leur consommation ; conformément à tous les usages sahariens ils comblent le déficit par les bénéfices du banditisme ; et de la sorte la pauvreté entretient chez eux des vertus militaires qui rehaussent leur prestige.
D’après Cavard, leur arbre généalogique remonte au VIIe siècle après J.-C. ; à cette époque vivait Djerir, l’ancêtre éponyme ; et c’est alors que la tribu s’est individualisée en se séparant des Hamyan.
Ces hobereaux besogneux partagent l’autorité avec une autre grande puissance, religieuse celle-là, la zaouia (monastère) de Kenatsa. Kenatsa est à 24 kilomètres de Béchar, exactement au pied de l’escarpement terminal de la hammada qui porte son nom. Les sources qui alimentent les jardins sont dans les grès houillers à la base de l’escarpement. La zaouia a un aspect d’ancienne prospérité ; elle s’annonce de loin par un gracieux minaret bâti en briques, sans faïences apparentes, il est vrai ; autant qu’on peut en juger à quelque distance, car la visite en est prohibée, c’est l’architecture de Tlemcen, de Fez et de Marrakech qu’elle rappelle, et non pas du tout ces grossières mosquées en pisé blanchi, de profil déjà soudanais, qu’on voit aux oasis sahariennes. (Voir pl. XXVIII, [phot. 54.]) La zaouia possède certainement une bibliothèque, avec des manuscrits curieusement enluminés sur papier de luxe ; il est non moins certain par malheur que ces manuscrits sont mangés aux rats. Enfin Kenatsa a ses Juifs, ce qui revient à dire, en pays marocain, un peu d’industrie et de commerce.
L’ordre religieux de Kenatsa (les Ziania) a été fondé au XVIIe siècle par un chérif marocain originaire de l’O. Draa.
Tar’it. — La création d’un poste militaire au ksar de Tar’it (alias Taghit), a donné à ce nom une sorte de notoriété. L’usage s’est à peu près établi d’étendre ce nom à toute l’agglomération humaine qui se décompose en cinq ksars : Zaouia Fokania, Tar’it, Barrebi, Bakhti et Zaouia Tahtania. Les indigènes de ces cinq ksars ont pourtant un nom d’ensemble, celui de Beni Goumi, qui est fort ancien et se trouve déjà dans Ibn Khaldoun.
La palmeraie de Tar’it ou des Beni Goumi s’allonge sur 16 kilomètres le long de l’oued Zousfana entre le monastère d’amont (Zaouia Fokania), et le monastère d’aval (Z. Tahtania).