Cette ligne de verdure et d’eau est profondément encaissée entre la falaise carboniférienne à droite et la dune à gauche ; dans ce couloir étroit et sinueux la paroi de sable et la paroi de roc, hautes chacune d’une centaine de mètres, se rapprochent à se toucher ; si bien que, fréquemment, le sentier qui longe l’oued est forcé d’escalader les premières pentes de la dune. (Voir pl. XXVII, phot. [51] et [52.])
Les sables reposent — comme toujours — sur des terrains d’atterrissement quaternaires et mio-pliocènes, dans lesquels l’oued en général a entaillé son lit.
Pas partout cependant. — La falaise carboniférienne est la lèvre d’une faille ; en deux points au moins à Tar’it et à Z. Tahtania on en voit des esquilles. Celle du Tar’it se distingue sur la photographie. (Cf. pl. XXVII, [phot. 51.]) A travers l’esquille de Tar’it l’oued s’est creusé en pleine roche un canyon profond et court entre le piton de Baroun sur la rive droite et le piton qui porte le ksar sur la rive gauche. De là vient précisément le nom du ksar : Tar’it est un nom berbère qu’on pourrait traduire par canyon.
On a déjà dit que ce barrage rocheux ramène en surface la nappe aquifère et ressuscite la Zousfana. Dans les puits des jardins, aux saisons les plus sèches, l’eau se trouve à deux mètres de profondeur. Cette eau pourtant, comme celle de l’oued lui-même, est à peine potable, on recueille du sel dans les boues de l’oued ; ces alluvions quaternaires dans lesquelles est taillé le lit actuel sont toujours chargées de gros cristaux de gypse (les roses de sable), de chlorures et de magnésie. Les Beni Goumi vont chercher leur meilleure eau sous la dune, dans les alluvions mio-pliocènes ; ils la captent et la conduisent au moyen de petites foggaras.
Ces dunes de Tar’it, une avancée de grand erg, sont scandaleusement inexplorées, l’inconnu commence à un kilomètre du poste. On peut affirmer pourtant que, en un point au moins elles recouvrent un oued enfoui, affluent de la Zousfana.
A quelques kilomètres au nord du ksar de Tar’it en bordure de l’erg les officiers du poste reconduisent généralement leurs amis jusqu’à une petite palmeraie, qu’ils ont surnommée « des Adieux ». Elle est au bord de l’erg, sous lequel on distingue des falaises et des témoins d’érosion, un lit, où l’eau est à fleur de terre. De là partent des foggaras qui alimentent Zaouia Fokania. Les éclats de silex abondent à la surface du sol. On trouve réunis là, comme si souvent dans l’erg, la dune, l’oued enfoui et le gisement néolithique. On sait d’ailleurs que cet erg jouxtant les Beni Goumi est loin d’être dépourvu de puits — celui de Zafrani par exemple.
Un autre oued, affluent de la Zousfana (rive droite), joue un rôle subordonné dans la vie économique de Tar’it. C’est l’oued Abd en Nass dont la vallée court parallèlement à la Zousfana, sur la hammada carboniférienne ; elle suit l’affleurement d’une couche argileuse intercalée dans les calcaires de la pénéplaine. Vallée sèche, un simple cordon de reg où les moutons trouvent une maigre pitance, mais une voie d’accès commode, une route naturelle bien plus aisée que la rocaille de la hammada ou les sables de l’oued. Le nom a été quelquefois orthographié Had en Nass ; mais l’autre leçon paraît préférable : parmi les nombreux tombeaux de saints qui se partagent la vénération des Beni Goumi, il s’en trouve un de Sidi Abd-en-Nass (le serviteur des hommes) — un nom d’une jolie humilité maraboutique, surenchérissant sur l’humilité de cet autre nom plus répandu, Abd-Allah (le serviteur de Dieu).
| E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. | Pl. XXVII. |
51. — VUE PRISE DU KSAR DE TAR’IT, en regardant la falaise.