La région dont il s’agit est inscrite entre l’erg d’Iguidi et la Saoura, ou plutôt le grand erg qui borde l’oued Saoura à l’est. Elle est donc limitée au nord-est et au sud-ouest par d’énormes masses de sables.

Elle est bien loin elle-même d’être libre de sable puisqu’on y trouve deux ergs notables (Atchan et er Raoui). Mais du moins distingue-t-on avec netteté l’ossature rocheuse, qui est constituée par la chaîne à laquelle on peut laisser le nom d’Ougarta.

Sous-région d’Igli. — La région considérée se rattache au nord à celle du Béchar. Elle s’y rattache par une sous-région qu’il faut étudier à part, celle d’Igli.

L’infrastructure primaire de cette sous-région en serait particulièrement intéressante puisqu’on y verrait le passage des plissements hercyniens d’Ougarta affectant le Dévonien et orientés S.-E.-N.-O. aux plissements du Béchar, également hercyniens, mais affectant le Carboniférien, et orientés S.-O.-N.-E.

Malheureusement, sur la route suivie, qui longe la Saoura, cette infrastructure est voilée en grande partie par des dépôts horizontaux. La Saoura s’est creusé son lit dans ces dépôts et l’on ne peut juger de l’infrastructure que par ce qui en apparaît au fond du lit.

Les dépôts horizontaux sont épais de quelques dizaines de mètres seulement. Leur horizontalité est parfaite, ou du moins semble telle à l’œil. Ils sont composés pour la plus grande part de sables plus ou moins agglomérés en grès tendre ; au sommet ces sables supportent généralement un banc calcaire puissant de 5 à 6 mètres, contenant des rognons de silex. Cette description s’applique surtout aux dépôts de Beni Abbès que j’ai pu examiner de plus près. Mais ceux d’Igli ne m’ont pas semblé différents. Il s’agit d’une formation déjà mentionnée et que j’ai suivie jusqu’à Charouin. Ce sont les dépôts continentaux mio-pliocènes. Les formations sableuses représenteraient le Miocène continental, sur lequel le Pliocène, au climat désertique, aurait étendu une couche travertineuse et calcaire[138].

Dans le lit de la Saoura l’infrastructure primaire affleure surtout depuis la plaine d’Igli (confluent de la Zousfana et du Guir), jusqu’au ksar de Mazzer. Au delà l’ennoyage ne présente presque plus de fenêtres.

Les fossiles ne font pas défaut, et ce sont les mêmes qu’à Taouerda, ils se rapportent au Dinantien. Ils proviennent de calcaires bleuâtres d’aspect identique à ceux de Taouerda, de Tar’it ou du Béchar. Mais ici, au rebours de ce qui se passe au nord, le calcaire dans l’ensemble de la formation ne joue plus qu’un rôle subordonné. Le poste d’Igli est construit au sommet d’une gara, couronnée par une table de calcaire (Voir pl. XXIX, [phot. 55]) : cette gara est stratifiée comme suit : à la base et sur la plus grande partie de la hauteur totale qui est d’une cinquantaine de mètres, schistes argileux ou marneux assez friables — au-dessus une couche mince de grès, un mètre peut-être — au sommet un banc de calcaire bleu fossilifère, épais de 4 à 5 mètres. La gara d’Igli est un témoin détaché d’un barrage transversal à la vallée que l’oued a troué : d’Igli à Mazzer, l’oued a troué successivement six ou sept barrages de ce genre, qui semblent tous identiques, schistes mous couronnés et protégés par une table calcaire. Toutes ces couches ont le même pendage, elles plongent au nord-ouest, comme celles de Taouerda et de Tar’it. Pourtant il serait peut-être plus juste de dire que les couches d’Igli plongent nord-nord-ouest ; ce qui supposerait un léger rebroussement dans la direction du pli hercynien. Il est malaisé d’observer avec certitude le sens de la plongée parce qu’elle est peu accusée ; elle l’est de moins en moins à mesure qu’on avance vers le sud et aux environs de Mazzer elle est presque nulle.

Le pointement dévonien le plus rapproché de Mazzer le long de l’oued est celui d’Ouarourourt à 20 kilomètres environ. L’ennoyage de toute la région intermédiaire ne permet pas de préciser les relations stratigraphiques entre le Carboniférien d’Igli et le Dévonien d’Ouarourourt.

La chaîne d’Ougarta. — Pour essayer de déchiffrer la structure de la grande zone dévonienne entre l’Iguidi et le Grand Erg algérien, il faut envisager d’abord la chaîne d’Ougarta. C’est là que se trouvent les couches les plus anciennes ; et les plis qui les ont affectées apparaissent nettement sur un immense espace.