O. Saoura. — Le nom de Saoura s’applique à l’oued formé par la réunion de la Zousfana et du Guir, et qui garde ce nom jusqu’à Foum el Kheneg.
Dans son ensemble la Saoura coule nord-ouest-sud-est : c’est la même direction que celle des plissements hercyniens et il y a entre les deux un lien de cause à effet.
Entre Igli et Ksabi (tout proche de Foum el Kheneg) une trentaine de ksars s’alignent le long de la Saoura, ce qui fait en moyenne un village tous les six ou sept kilomètres ; sur certains points ils sont notablement plus serrés, jamais à plus de 25 kilomètres l’un de l’autre.
Une pareille densité de population est tout à fait anormale le long d’un oued saharien et s’explique nécessairement par des conditions physiques très particulières.
Très en gros on peut dire que l’O. Saoura est resserré sur tout son cours entre la dune et la montagne ; sa rive gauche est de sable et sa rive droite de roc, traduit en langage géologique, cela signifie qu’il suit assez exactement la limite des deux terrains le Mio-Pliocène et le Dévonien. C’est une circonstance heureuse, parce que cette limite est aquifère.
Le lit est partout marqué avec une extrême netteté, encadré de hautes falaises, qui atteignent parfois une cinquantaine de mètres ; et il est net de sable. Les dunes, très puissantes pourtant, et qui atteignent facilement une centaine de mètres d’altitude, s’arrêtent méticuleusement à l’oued, leur contour en suit fidèlement les méandres, et ces masses instables ne se permettent nulle part d’envahir le lit béant à leurs pieds. Que cet océan de sable soit arrêté si nettement par un aussi petit obstacle, c’est un fait étrange et qu’on serait tenté de dire miraculeux, en ce sens du moins que nos connaissances actuelles ne nous en fournissent pas d’explication tout à fait satisfaisante ; à tout le moins peut-on dire qu’il atteste une connexion entre le contour des ergs et le tracé des oueds. Quelles que soient les causes il est tout à fait important que la Saoura ait un lit profond, net, libre d’obstacle où la pente est en moyenne d’un millimètre par mètre. C’est un canal naturel d’irrigation qui guide et chasse au loin les crues. (Voir [pl. XXX.])
La Saoura en effet n’est pas un fleuve tout à fait mort, et à certaines époques, très espacées il est vrai, elle coule sans métaphore. Elle est constituée par deux rivières, la Zousfana et le Guir, qui ne sont pas dépourvues d’eau courante. On sait déjà ce qui peut s’en trouver dans la Zousfana, et c’est à vrai dire assez peu. D’après le capitaine Normand l’oued coulerait une fois ou deux par an, et il semble que ces crues exceptionnelles parviennent jusqu’à Igli.
Mais c’est le Guir surtout qui est une rivière tout près d’être normale. On le connaît très mal. On sait pourtant qu’il prend sa source dans des montagnes bien plus hautes et bien plus humides que le Grouz et le Beni Smir, dans le grand Atlas marocain ; les « montagnes de neige » disent les indigènes, djebel el theldj. Les hautes vallées Atliques constitutives du Guir sont habitées par une population sédentaire et agricole de Beraber. Même sur le bas Guir le « Bahariat » des Doui Menia est une grande plaine de culture liée à l’existence des crues régulières.
On nous dit d’ailleurs que l’oued sur tout ou presque tout son parcours garde habituellement un filet d’eau légèrement salée ; la salure de ces eaux s’expliquant vraisemblablement par des causes géologiques : la carte Prudhomme signale sur le bas Guir un « Golb el Melah — rocher de sel » ; il est possible que le Guir rencontre des bancs de sel triasique, si fréquents dans l’Atlas, et il est sûr que sur tout son cours, moyen et inférieur, les argiles cénomaniennes, chargées de gypse et de sel jouent un rôle considérable. A Igli même, au confluent avec la Zousfana, et à différentes époques, j’ai vu couler le Guir et de la boucle de l’oued auprès du poste on entend s’élever un coassement continu de grenouilles. Par le canal de la Zousfana et surtout du Guir les crues descendues de l’Atlas envahissent la Saoura ; elles approvisionnent de barbeaux les r’dirs de Beni Abbès ; très certainement il arrive qu’elles parcourent d’un élan la Saoura tout entière jusqu’à Foum el Kheneg ; au poste de Ksabi en octobre 1904 le maréchal des logis Galibert a photographié une crue qui couvrait toute la vallée et qui n’était pas encore écoulée au bout de huit jours (voir pl. IX, [phot. 18]). Octobre 1904 a été particulièrement pluvieux dans le Sud-Oranais, à cette date une inondation a ravagé le village d’Aïn Sefra qui n’avait pas connu pareille catastrophe depuis sa fondation.
On n’a pas de documents sur la fréquence et la périodicité des crues. Il est certain pourtant que dans l’hiver 1906-1907, qui fut particulièrement pluvieux, l’oued a coulé pendant cinq mois consécutifs au pied du poste de Beni Abbès, et au printemps 1907 la crue dépassait assurément Foum el Kheneg.