Il est probable que la Saoura coule à de très longs intervalles, supérieurs à une année, mais enfin elle coule, et elle roule alors d’énormes masses d’eau.

Il est clair qu’elle emmagasine alors de puissantes réserves dans les cuvettes de son lit, qui est, en tout temps, semé de r’dirs ; — (Beni Abbès — la R’aba — Kerzaz — Beïada — Ksabi, où les moustiques sont intolérables). Il serait imprudent pourtant d’attribuer les r’dirs à l’influence exclusive des crues.

Un fait tout à fait caractéristique c’est que la Saoura est en quelque sorte hémiplégique ; toutes les palmeraies sans exception sont sur la rive gauche, et lorsque par exception et pour des raisons de commodité architecturale on a construit le ksar sur la rive droite (Timmoudi), le village est séparé de la palmeraie par toute la largeur de l’oued. Toutes les canalisations s’enracinent à l’est.

Rien de plus naturel. L’oued Saoura sur sa rive droite longe le pied de la montagne à quelques kilomètres de la ligne de partage des eaux ; sur la rive gauche, au contraire, le bassin encore qu’on ne puisse pas préciser ses limites s’étend certainement très loin.

D’ailleurs sur la rive gauche la nappe d’eau souterraine trouve des conditions particulièrement favorables de mise en réserve et d’adduction progressive. L’erg du Gourara est très mal connu ; il est impossible de tracer, même hypothétiquement, le réseau des affluents qui s’y trouvent assurément enfouis. En tout cas il est certain que l’erg est formidablement massif et il semble bien reposer à peu près partout sur le même substratum, le Mio-Pliocène, particulièrement intéressant par ses épaisseurs de sable miocène non concrétionné. Sable d’alluvions ou de dunes, l’épaisseur doit atteindre et dépasser presque partout une centaine de mètres ; une monstrueuse éponge que la pente du terrain égoutte dans la Saoura tout le long de sa rive gauche.

C’est d’abord un admirable condensateur. Les rares pluies qui tombent sur ce sol meuble par excellence sont bues avec une instantanéité qui ne laisse aucune chance à l’évaporation. On sait en outre qu’un sol de sable, par sa porosité qui multiplie sa surface de radiation nocturne, est particulièrement apte à provoquer des rosées ou des phénomènes de cet ordre ; on signale en hiver sur les dunes la fréquence relative des gelées blanches et notons que à Ksabi la température en hiver s’abaisse occasionnellement jusqu’au-dessous de zéro. L’erg est donc bien organisé pour soutirer à l’air ambiant le maximum d’humidité.

Mais par surcroît, et ceci est je crois l’essentiel, il recouvre un réseau de rivières quaternaires, c’est-à-dire un terrain dont les âges antérieurs ont organisé le drainage. Ainsi advient-il que toutes les eaux qui tombent ou qui se condensent dans un immense espace, englobant un morceau de l’Atlas sont absorbées, protégées, et acheminées vers la rive gauche de la Saoura.

Quand on essaie de serrer d’un peu plus près la question on distingue dans le lit de la Saoura un certain nombre de sections qui s’individualisent.

Entre Igli et Beni Abbès la limite géologique entre Mio-Pliocène et Dévonien n’est pas marquée exactement par le lit de l’oued ; elle est même assez loin dans l’ouest, où elle est jalonnée par deux petites palmeraies, celles d’Ougarta et de Zeramra. Le lit de la Saoura, il est vrai, a entamé le Mio-Pliocène jusqu’à la pénéplaine primaire sous-jacente.

Dans cette section du cours les palmeraies sont rares et distantes, mais en revanche assez considérables. Ce sont Igli, Mazzer, et Beni Abbès, respectivement séparées par des étapes de 25 kilomètres. Pour être tout à fait complet, il est vrai, il faut ajouter la palmeraie, très petite et inhabitée, d’Ouarourourt à quelques kilomètres en amont de Beni Abbès.