Qu’Igli soit précisément au confluent de la Zousfana et du Guir cela suppose que ces deux oueds ont un rôle à jouer dans l’irrigation des jardins. En arrière d’une barrière rocheuse carboniférienne, la nappe d’eau souterraine stagne dans une grande plaine d’alluvions, où on va la chercher dans des puisards larges et peu profonds (de 4 à 8 mètres) et d’après Calderaro ces puisards sont la principale ressource de la palmeraie. Pourtant je retrouve dans mes notes mention d’une foggara, une seule, une canalisation quelconque allant capter de l’eau, plus douce que celle du Guir, dans la direction de l’est, sous les dunes.

Le cas de Mazzer est parfaitement clair : à la base de la falaise mio-pliocène, sur la rive gauche, jaillit une très grosse source ou mieux un petit ruisseau d’eau claire ; il débouche sous une voûte travertineuse qu’il s’est construite lui-même, il donnerait 100 litres à la minute. On l’appelle Aïn el Hammam. Il existe d’ailleurs à Mazzer cinq autres petites sources beaucoup moins importantes.

Ouarourourt est alimenté de même par un tout petit filet d’eau qui sourd à la base de la dune.

Beni Abbès a ses r’dirs pérennes et poissonneux, mais cette pérennité même d’une mare superficielle, dans un pays où les crues ne sont pas même annuelles, je crois, atteste que les r’dirs doivent être alimentés par une circulation souterraine. Ce ne sont pas les r’dirs d’ailleurs qui jouent un rôle essentiel dans la vie de la palmeraie. C’est la seguia ; elle jaillit de la falaise mio-pliocène, au sud immédiat du village, tout à fait comparable à la source de Mazzer et plus importante encore. Il existe d’ailleurs outre la grosse source huit petits suintements distincts tous voisins. Il est donc incontestable que, dans la section amont de la Saoura, — Igli mis à part — les palmeraies sont alimentées par de grosses sources naturelles, des douix dirait-on en Bourgogne, qui jalonnent la rive gauche.

En aval de Beni Abbès l’oued entre dans une section de son cours tout à fait à part. Il a dû s’ouvrir un chemin à travers un horst éodévonien, et pour partie peut-être silurien ; il s’est creusé dans les grès un beau canyon (en aval de Merhouma), et dans les argiles des gorges sauvages (ksar en Nsara). L’érosion paraît ici plus jeune qu’en amont et la pente du lit paraît, à l’œil, plus accentuée. Une carte topographique précise accuserait, je crois, une rupture de pente, à la traversée de cette barrière puissante, où l’oued n’a pas encore atteint un profil d’équilibre. L’existence de cette barrière n’est probablement pas étrangère à la richesse en eau de la falaise et de la cuvette à Beni Abbès.

Ce horst hercynien offre de médiocres conditions aux agglomérations humaines. Elles n’y font pas tout à fait défaut pourtant, il y a des cultures à Merhouma, mais pas de village, il est vrai ; des palmeraies minuscules avec quelques habitants à Noukhila et à Bechir. Çà n’en est pas moins un intervalle à peu près vide entre les groupements importants d’amont et d’aval.

Celui d’aval surtout est considérable, c’est le plus dense de toute la Saoura. A partir de Tametert, mais surtout d’el Ouata où la cuvette s’élargit, jusqu’à Beiada, sur une cinquantaine de kilomètres, les palmiers se touchent, et souvent aussi les ksars ; c’est la R’aba, la forêt de palmiers. Ce coin privilégié est devenu le centre politique et militaire de la région ; je dis au point de vue indigène, puisque notre administration française s’est fixée à Beni Abbès : mais la R’aba est l’habitat de la tribu nomade suzeraine, les R’nanema.

Cette section du cours est encadrée entre ce qui semble bien être deux ruptures de pentes ; en amont le horst de Tametert ; en aval, au delà de Beïada, le point critique est Tagdalt. L’oued prend là un aspect très particulier, le lit perd tout à fait sa netteté habituelle ; il est envahi sinon directement par la dune du moins par la nebka, qui en est l’avant-coureur. A travers les mamelonnements de sable on ne le retrouve plus qu’à la traînée de végétation arbustive (tamaris, etc.). Il y a certainement là un palier.

La R’aba est le seul coin de la Saoura où j’ai observé un double lit majeur et mineur, et une double ligne de terrasses étagées ; l’une, la supérieure taillée dans le Mio-Pliocène, l’autre, l’inférieure, dans ces dépôts d’un blanc éclatant, plâtreux, qui sont abondants au voisinage d’Ouargla et qu’on classe quaternaires anciens.

Au cœur de la R’aba (Bou Hadid, el Ammès) la ligne orientale des terrasses disparaît ou s’écarte hors de vue, le lit s’élargit en vaste cuvette, où se pressent les palmiers et les ksars et où l’eau se trouve partout dans le sol à un très petit nombre de mètres. C’est de là justement que part à travers l’erg une route de caravanes jalonnée de puits, encore inexplorée, mais qui a bien des chances de suivre le thalweg d’un oued enfoui.