Les ksars autonomes. — Vis-à-vis des nomades et des marabouts les ksars autonomes de la Saoura jouissent d’une indépendance dont le degré varie avec leur force et leur situation. Nous sommes assez bien renseignés sur les ksars septentrionaux Igli, Beni Abbès.

Igli. — M. Calderaro, nous a donné un historique d’Igli[156]. Il donne l’étymologie du mot dont l’ethnique est Glaoua. Les Glaoua sont une tribu marocaine bien connue qui habite le Grand Atlas au sud de Merrakech. Quelques membres de cette tribu « sont venus s’installer à une époque reculée sur un monticule à environ 1500 mètres au sud-ouest d’Igli, et auraient fondé un ksar appelé Aghrem Amekran (le grand Ksar) dont les ruines sont encore visibles de nos jours ». Le ksar actuel est une zaouia fondée vers le milieu du XVIIe siècle par un chérif venu du Gourara, Sidi Mohammed ben Othman. La date est à retenir ; c’est à la même époque à peu près que fut fondée la zaouia de Kenatsa. Mais Igli est bien loin d’avoir eu la fortune de Kenatsa ; son rayonnement est resté tout local ; sa seule filiale est le petit couvent voisin de la zaouia Tahtania. Aussi les Glaoua sont bien loin de jouer, soit dans l’oued Zousfana, soit dans la Saoura le rôle d’aristocratie religieuse et financière qui est réservé aux grandes zaouias, comme Kerzaz ou Kenatsa ; leur histoire telle que M. Calderaro nous la raconte sommairement est celle de tant d’autres ksars ; à travers les âges ils ont été pillés alternativement par les nomades voisins, Beraber, mais surtout Doui Menia et R’nanema. A notre arrivée ils payaient la protection des Ouled Sliman, fraction Doui Menia. Pourtant « les Doui Menia, d’après M. Calderaro, ne possèdent pas de palmiers dans l’oasis d’Igli ; la palmeraie entière appartient aux Ksouriens ». C’est là un grand avantage qu’ils ont sur d’autres, les Beni Goumi en particulier. Ils le doivent apparemment à leur caractère religieux.

Mazzer. — Mazzer, d’après les notes manuscrites du poste de Beni Abbès, a été partiellement peuplé par des réfugiés venus de Si Akkachi, un vieux ksar dont on voit les ruines à mi-chemin entre Igli et Mazzer et qui aurait été détruit par les Glaoua il y a cent cinquante ans. Un certain Moussa ben Brahim, échappé au désastre avec sa famille, aurait fait souche à Mazzer des Oulad Moussa ben Brahim.

Mais Mazzer est beaucoup plus ancien, et d’ailleurs on ne concevrait pas que sa très belle source ait pu jamais rester inutilisée.

La tradition mentionne une ancienne émigration des indigènes de Mazzer (Oulad Raho, Oulad Khalfallah), qui seraient allés s’établir au nord du Tafilalet, dans le district de Tissini (?) Petit détail, insignifiant en soi et qui ne vaudrait sans doute pas la peine d’être rapporté, s’il ne s’ajoutait à d’autres pour montrer les liens étroits, après tout, qui unissaient la Saoura au Maroc.

Les autres familles de Mazzer sont les Oulad Moussa ben Daoud, (venus de l’O. Draa) ; les Oulad Hamza et les Oulad Alla (venus des hauts du Guir).

Mazzer est un petit ksar d’autonomie précaire. Il a acheté la protection des Ouled Sliman (fraction Doui Menia) et il est entièrement dans leurs mains.

Voici un petit détail qui permet d’apprécier le degré de subordination des ksouriens de Mazzer vis-à-vis des nomades et des marabouts, voire même vis-à-vis de leurs voisins plus puissants les ksouriens d’Igli.

Les marabouts de Kerzaz ont dans l’oasis de Mazzer les droits d’irrigation suivants (proportionnels naturellement au nombre des palmiers irrigués),


6bassinsen été.
14en hiver.
Les Glaoua ont droit à
2en été.
3en hiver.
Les Oulad Moussa ben Daoud
1/2en été.
1en hiver.
Les Oulad Hamza
1/2en été.
1en hiver.