Les marabouts de Kerzaz ont donc à Mazzer des droits de propriété qui sont à ceux d’une des quatre familles indigènes comme 20 est à 1 et demi.
On saisit là sur le fait et on peut exprimer en chiffres l’abjection de prolétaire ksourien dans sa propre palmeraie. Et notez qu’il s’agit de ksouriens libres et non pas de haratin.
Beni Abbès. — Il y a trois ksars dans l’oasis de Beni Abbès, l’un est celui des R’nanema, l’autre est habité par les haratin qui cultivent pour le compte des marabouts de Kerzaz les palmiers appartenant à la zaouia (la petite palmeraie d’Ouarourourt). Le troisième est celui des Abbabsa (indigènes libres de Beni Abbès). Cette simple énumération atteste que les Abbabsa ne sont pas les maîtres chez eux. Ils constituent pourtant un gros ksar qui a son histoire distincte et son autonomie.
Les Abbabsa, d’après les notes manuscrites aux archives de Beni Abbès se décomposent comme suit :
| Oulad Hamed | On ne nous donne de renseignementsque sur leur antiquité relative. Ils ont précédé à Beni Abbèsl’arrivée de la famille suivante. | |
| Oulad Ali ben Moussa | ||
| Oulad Raho | Viennent du ksar d’el Maïz àFiguig. Deux frères ont quitté en même temps le ksar, Ali benYahia, qui s’est fixé à Beni Abbès où il a fait souche des OuladRaho — et X... qui s’est fixé à Charouin où il a fait souche d’unefamille qui se donne le nom de Cheurfa. | |
| Oulad men la Ikhaf | Sont originaires du Sfalat(Tafilalet). Le premier d’entre eux qui se soit fixé à Beni Abbèsest Si Mohammed ben Abdesselam, qui a fondé le ksar actuel il y a150 ans ; car auparavant la population était répartie en 2ksars. | |
| Ces quatre familles sont groupéesen un rameau unique, sous le nom d’Oulad el Mehdi : elles ontvécu à part dans un ksar spécial jusqu’à la fondation du ksaractuel. Les Oulad el Mahdi sont originaires de la fraction desOulad Noguir, tribu des Idersa, confédération Doui Menia. | ||
| Oulad el Kebir | ||
| Oulad Obéid | ||
| Oulad Saïd | ||
| Oulad Cherki |
L’aspect du terrain confirme ces renseignements généalogiques. Au-dessous du ksar des Haratin, on voit les ruines de celui qui fut habité autrefois par les Oulad et Mehdi ; au nord du ksar des R’nanema les ruines de celui qu’habitaient les Ouled Hamed, Ouled Ali ben Moussa et Ouled Raho. Ce sont les anciens habitants de ces ruines qui fusionnèrent il y a cent cinquante ans pour fonder le ksar actuel.
Tous les ksars, en ruines ou actuels, sont voisins et ont un air de parenté, ils sont groupés dans la palmeraie ou sur sa lisière, au pied de la gada de Si Mohammed ben Abbou. On appelle ainsi ce tronçon de hammada pliocène, libre de sable, qui s’allonge en feidj au milieu de l’erg, à l’est de Beni Abbès, et sur la tranche duquel sourdent les eaux qui alimentent la palmeraie. Le ksar plus ancien des Beni Hassen se dresse au contraire sur l’autre rive, la droite, au sommet d’une gara difficilement accessible loin de l’eau et des cultures, dans une situation défensive et dominatrice, qui évoque à elle seule une autre époque, d’autres conditions politiques et apparemment économiques. (Voir [fig. 41.])
Les notes manuscrites anonymes aux archives de Beni Abbès nous renseignent sur ce qu’on pourrait appeler les relations diplomatiques des Abbabsa. La plupart des ksars de la Saoura avaient conclu avant l’occupation française des conventions avec les tribus voisines. Ces conventions étaient de deux sortes.
La tata était un pacte par lequel les parties contractantes s’engageaient mutuellement à réparer les dommages éventuellement causés par des individus appartenant à l’une ou l’autre partie. La tata ne comportait le paiement d’aucune redevance.
La khaoua était une convention par laquelle une fraction ou un homme influent accordait sa protection à une autre fraction plus faible, et ce moyennant le paiement d’une redevance qui portait le nom de mezrag.