Il est tout naturel que les oasis les plus occidentales soient les plus arabisées ; dans le complexe O. Guir-O. Zousfana on observe de même que les Doui Menia parlent arabe, tandis que les Beni Goumi, plus orientaux, parlent berbère. Au Sahara, et d’ailleurs en Algérie même, la dernière vague l’islamisation est venue de l’ouest, du Maroc et de la Séguiet el Hamra.
Or tandis que l’O. Saoura et le Touat ont été effectivement et son encore virtuellement la grande voie d’accès marocaine au Sahara, le Gourara au contraire est la voie d’accès algérienne. Par l’oued Namous et à travers l’erg depuis des âges immémoriaux les caravanes sud-oranaises des Trafi, des Hamyan, viennent commercer au Gourara.
La faune du Gourara, par ailleurs dépourvue d’originalité, je crois, a des termites. Ils infestent le poste de Mac-Mahon. A Ouled Mahmoud les indigènes ont dû prendre la fuite devant eux, ils ont quitté l’ancien ksar, et bâti le nouveau, il y a vingt-cinq ans environ, chassés par une invasion de termites. Chose curieuse, entre l’ancien et le nouveau ksar il y a deux ou trois kilomètres d’oasis, et cette petite distance a suffi pour arrêter la migration. Au vieux ksar les dangereux insectes avaient été apportés brusquement par une crue de l’oued, qui vient de l’Aouguerout. J’ignore s’il faut en conclure qu’il y a des termites à l’Aouguerout. A coup sûr ils restent très localisés, les rares points contaminés ne sont pas phagédéniques, sauf un cas très particulier et fortuit comme la crue d’Ouled Mahmoud. Je ne sache pas qu’ils aient été signalés sur d’autres points du Gourara. Ils sont enkystés, il semble qu’on ait affaire à une espèce d’un âge géologique extérieur, en voie de disparition, et qui s’est maintenue péniblement sur quelques points privilégiés par suite de circonstances favorables.
Ce n’est pas l’espèce bâtisseuse de grandes termitières turriformes, comme on en voit sur les bords du Niger ; c’est l’espèce souterraine, qui est partout, comme une menace invisible, dans le sol intact et dans les murs lisses, d’une ubiquité mystérieuse ; sur la terre battue d’une chambre il suffit de laisser ses bagages pour qu’il s’ouvre aussitôt comme par magie des orifices par où débouchent les colonnes d’attaque.
Ce sont des termites de ce genre qui se trouvent dans l’Adr’ar des Ifor’ass, et aussi, semble-t-il, au Kalahari[183] : insectes de steppe apparemment.
A ma connaissance le Gourara serait le seul point du Sahara où ces termites ont survécu. Mais il paraît probable qu’il y en a d’autres. Une carte de la répartition des termites au désert serait peut-être une contribution intéressante à des études sahariennes. Elle nous permettrait peut-être de tirer des conclusions sur le passé.
Touat. — Le Touat est beaucoup plus simple de structure que le Gourara ; la « rue des palmiers » y devient rectiligne rigoureusement sur près de 200 kilomètres entre Bouda et Taourirt.
Sur le terrain et sur la carte, la vue de ce chapelet de sebkhas, souvent longées sur une rive ou sur l’autre, et parfois sur les deux, par des falaises d’érosion, suggère d’abord l’idée que les oasis jalonnent le lit d’un oued, qu’on imaginerait la prolongation de l’oued Saoura. On a dit dans un autre chapitre que l’O. Messaoud coulait au large du Touat, après l’avoir simplement effleuré à Tesfaout. Ce sont ses affluents, l’O. Gourara, l’O. Tlilia, qui ont sculpté les falaises du Touat. Mais ce qui a conditionné la longue ligne des palmiers c’est une grande faille authentiquement constatée.
Le Touat, malgré son unité de structure, se divise en deux parties bien distinctes, le haut et le bas Touat.
Haut Touat. — Le haut Touat va du Bouda à Temassekh. Il a le monopole des barbeaux tout à fait inconnus dans le bas Touat. Cela signifie que les crues de la Saoura atteignent parfois Tesfaout, mettant le haut Touat en communication très intermittente avec le haut Guir, assez poissonneux.